* - Prédication du dimanche 10 septembre 2006 par le pasteur Pierre-André Schaechtelin
Textes : Esaïe 35,1–7 - Marc 7,31–37

« ouvre-toi ! »

Les sourds entendront
et les muets diront leur joie !

Cette annonce messianique,
C’est à dire l’annonce d’un temps de délivrance réelle,
nous venons de l’entendre dans la lecture du prophète Esaïe.

Dans le récit de l’Evangile, nous venons d’entendre, en écho,

La réalisation de cette parole :

Les oreilles de l’homme s’ouvrent,
Sa langue fut déliée
Et il se mit à parler !

J’aimerais ce matin mettre l’accent sur deux choses :

  1.le lieu très parlant où se déroule l’action de Jésus
  2.comment ce récit peut nous rejoindre ici et maintenant

D’abord le lieu, car il n’est pas neutre du tout.
Jésus nous dit l’Evangile, se trouvait dans le territoire de Tyr,
C’est à dire très au nord du territoire juif, et en dehors de celui-ci,
Il passa par Sidon qui se trouve encore plus au nord,
Et se dirige vers la Galilée, vers le territoire de la décapole…
Géographiquement ce parcours est atypique,
Ce qui a fait dire à de mauvaises langues que Marc l’évangéliste ne connaissait rien à la géographie de la Palestine,
Mais l’essentiel est ailleurs :
Nous nous trouvons là en plein territoire païen.
C’est cela qu’il faut retenir du lieu de cette guérison opérée par Jésus.
Or il nous faut retenir ce contexte païen, c’est à dire non juif,
non seulement pour un motif culturel,
Mais pour comprendre au moins deux choses qui se passent ici :

La première chose : nous comprenons que Jésus mette en place dans ce contexte païen,

tout un rituel avant de prononcer la parole de guérison :
Les doigts dans les oreilles,
La salive sur la langue de l’homme…
Pourquoi ?
Il se peut bien que ça ait mis l’homme en confiance,
Car ça ressemble bien aux rituels des guérisseurs de l’époque.
Et c’est seulement après que Jésus lève les yeux vers le ciel, soupire et supplie : ouvre-toi !
J’en retiens que dans un contexte païen,
Jésus a su faire usage des coutumes locales,
Et en même temps montrer que son pouvoir vient d’en haut,
Il lève les yeux au ciel pour témoigner
qu’il n’est pas un sauveur comme un autre :
Il se réfère à un autre que lui,
Il se réclame de la force de dieu plutôt que des pouvoirs humains.
Voilà son témoignage en terre païenne.

La deuxième chose : le fait que Jésus agisse en terre non juive
Explique ici pourquoi il recommande à tous de ne pas raconter ce qui s’est passé.
Il y avait trop de risque justement que les gens se mettent à parler de lui comme d’un guérisseur parmi d’autres.
Tous ne comprennent pas sans doute que c’est là un geste divin, messianique
Jésus ne veut pas se faire connaître comme faiseur de miracle
Mais comme le Seigneur des hommes.
D’où l’injonction au silence…
Non suivie du reste… mais ça ce n’est pas d’aujourd’hui, il suffit que quelqu’un dise de taire une affaire pour que certains se mettent à en parler.

Pour terminer avec la question du lieu où Jésus opère ici,
J’aimerais tordre le cou si vous permettez à un discours qui se permet de dire…
Au sujet d’une situation ou d’une personne :
celle ci elle est une fois pour toute fermée à l’Evangile.
Son ouverture à dieu est sans espoir.
En disant cela nous dirions ce que certains juifs radicaux de l’époque de Jésus
Disaient des gens et de la région où Jésus
ouvre justement les oreilles d’un homme
et délie sa langue.

J’en viens maintenant à la manière dont ce récit nous rejoint ici et maintenant.
Et là frères et sœurs les choses sont simples,
Il s’agit pour nous de laisser retentir dans notre cœur les deux mots qui sont au centre de ce récit :
« ouvre-toi ! ».
Ces deux mots nous rejoignent entre autre de la manière suivante :

C’est que notre premier handicap spirituel est bien celui de la surdité.
Et c’est de cela que notre Sauveur Jésus-Christ veut nous guérir.
Nous laisser guérir de la surdité,
c’est retrouver le chemin de la parole d’un autre que nous-mêmes.
Car nous savons tous que nous sommes des maîtres pour nous écouter parler,
Nous mettre à l’écoute de nous-mêmes.
J’ose espérer que le Seigneur m’en préserve ce matin,
Mais il y a sans doute encore du chemin à faire.

Laissons dieu prononcer sur nous cette parole non pas magique,
mais cette parole de grâce : ouvre-toi !
remets toi à l’écoute du Christ,
remets toi à l’écoute de ton prochain.
Et c’est alors que nous aurons retrouvé l’ouïe, la sensibilité à la parole d’un Autre,
Que nous aurons sans doute à nouveau quelque chose à dire,
Un encouragement à donner,
Un témoignage à offrir,
Un Evangile à annoncer.
Peut-être du reste chacun peut se demander :
De quelle surdité je souffre ?
Et de quelle parole suis-je privé ?
Frères et sœurs je termine par un dernier prolongement que je laisse à votre réflexion :
Faire l’expérience de sentir nos oreilles s’ouvrir un peu plus à la parole de l’autre,
Trouver des mots qui font vivre celui qu’il m’est donné de croiser,
Cela ne va-t-il pas aussi nous donner envie de redonner la parole
A ceux qui en sont privés,
Sous prétexte qu’ils n’ont rien à dire,
Ou qu’ils n’ont jamais rien dit tout simplement.

C’est ainsi que l’Evangile de ce matin nous rejoint par ces deux mots avec lesquels nous repartirons :

Ouvre-toi !
Seigneur ouvre-toi vers nous
Mon frère, ma sœur ouvre-toi vers ton dieu et ton prochain !
amen