* - Prédication du dimanche 29 janvier 2006 au CAP St Jacques par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 24 - Mal. 3, 1-5 - Héb. 2, 14-18 - Luc 2, 22-40

Les textes de ce dimanche nous invitent, me semble-t-il, à méditer sur la tradition et les temps nouveaux, entre le quotidien et l'exceptionnel, entre la routine et l'unique. En fait, point n'est besoin de prédication ni de prédicateur, puisque seul l'Esprit du Seigneur révèle l'imminence d'un avènement si longtemps espéré. En tout cas, il en ainsi selon le récit de Luc que nous venons d'entendre.

En effet lorsque Joseph et Marie se rendent au Temple de Jérusalem pour présenter leur garçon premier-né, selon les prescriptions de la Loi de Moïse, ils y sont accueillis entre autres par Syméon, homme pieux et avancé en âge, et Anne une prophétesse également très âgée. Que saurons-nous jamais d'autre sur ces deux personnages, semble-t-il, fidèles et habitués des lieux ? Peu importe. Ils étaient là au bon moment, selon les témoignages que l'évangéliste Luc nous rapporte. Comme nous le savons, il est tout particulièrement attentif à souligner ce qui peut donner du relief à l'aspect humain des événements, tout en y mettant quelque pointe d'Evangile.

Ces deux personnages, apparaissent là comme les "parrain-marraine" indispensables à l'événement. De plus, leur grand âge, fait penser à des témoins ancestraux venus d'un autre temps, surgissant tout à coup pour une Parole d'accueil et de bénédiction, avant de disparaître à tout jamais. Et cependant, leur présence ajoute quelque chose d'inoubliable, quelque parole humaine inspirée, révélant la présence divine. Je suis même un peu surpris qu'ils ne se soient pas appelés "Abraham" et "Sarah", eux aussi témoins de la naissance d'un fils porteur de promesse. La boucle aurait été bouclée. Mais, non ! ils portent des prénoms de leur temps. Ils portent en eux toute l'espérance des siècles passés, mais leur témoignage est celui de leur époque, avant de passer le relais.

C'est à cet aspect là que l'Ecriture nous rend attentifs. Il y a des rendez-vous dans l'histoire de Dieu avec les humains, à ne pas rater. Anne et Siméon, eux, n'ont pas manqué la présentation au Temple, qui bientôt n'aura plus lieu d'être, puisque l'enfant qu'on y présente se désignera lui-même comme le Temple de l'Esprit Saint. Ils étaient présents pour une prophétie et une bénédiction, de leur façon certes, mais poussés par L'Esprit de Dieu. Le rite en lui-même aurait été d'une parfaite observance et banalité dont il n'y avait strictement rien à dire, et dont nous n'aurions rien su, s'il n'y avait eu leur présence charismatique et surtout "kérygmatique".

Très certainement, c'est ce qui nous est demandé. Dans la transmission du message de l'Evangile. Nous devons rester en éveil pour être les bons témoins au bon moment. Etre à notre juste place. Ce n'est pas obligatoirement facile car nous supportons assez mal d'être les serviteurs ordinaires dont le Seigneur a besoin, et nous avons bien du mal à nous décider quand il est l'heure de dire ou d'agir. Cependant, c'est bien de cela dont il s'agit : donner le sens réel, profond et nouveau à ce qui se traîne dans notre monde et perd saveur. Car Jésus dira plus tard à ses amis, "vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde".

A leur manière, Anne et Siméon furent ces repères lumineux et agents à saveur nouvelle au beau milieu du parvis du temple, pour leur contemporains. Ils étaient surtout des maillons d'une interminable chaîne de croyants, celle des siècles.

Arrivé à ce point de notre réflexion, il faut encore relever deux choses importantes : La première, c'est la présence et la vigilance, même dans le cadre le plus traditionnel qui soit. La deuxième c'est une étonnante disponibilité à laisser la Parole de Dieu libre des contraintes habituelles et conventionnelles. A l'entrée de son évangile, Luc a su dénicher avec pertinence ce court récit de deux témoins dont la longue vie semble s'être organisée pour ce moment unique où ils verraient et pourraient bénir le Messie en annonçant le salut pour toutes les populations de tous les temps. C'est bien là que resurgit la promesse déjà faite à Abraham, " Toutes les familles de la terre seront bénies en son nom". (Gen. 28, 14)

Je voudrais donner maintenant deux encouragements à ceux qui se demanderaient quelle est la pertinence de l'assiduité à nos assemblées. Comme le Messie naît dans sa famille, au milieu de son peuple, dans son histoire, l'exemple vaut également pour nous. Il convient de se garder de dédaigner l'environnement qui nous échoit pour loucher vers un autre qui nous paraîtrait plus attrayant. C'est au milieu de nos frères et soeurs que nous devons être présents et disponibles, éventuellement pour en ouvrir l'horizon et apporter notre modeste contribution. Notre disponibilité doit être réelle pour le culte, la prière et le service.

Notre communauté de St Quentin en Yvelines qui se propose d'ouvrir un temple, bien modeste celui-là, je l'accorde, au cœur de la cité, pense-t-elle à la disponibilité, à la permanence, à l'ouverture et à la présence que cela comporte déjà ? Chers amis, préparons-nous à cela.

Enfin, ce sera ma conclusion, pour cette perspective et pour la recherche d'un successeur dans la tâche pastorale ici. Au milieu de tant de communautés chrétiennes qui annoncent chacune à leur façon, la bonne nouvelle de Jésus-Christ, la nôtre a elle aussi sa mission particulière q'il nous faut assumer sans crainte mais avec joie et détermination.

Dans la fidélité, prions les uns avec les autres pour qu'un nouveau ministre se lève et nous rejoigne bientôt. Et, en même temps, il nous faut rester disponibles à l'Esprit de Dieu pour que nos particularités ne deviennent pas des particularismes. Restons disponibles à l'action de l'Esprit. Amen