La Parole de Dieu, c'est un peu comme un Evangile des contrastes. Il y a ce que nous aimerions voir, et finalement il n'y a très souvent que ce que nous pouvons entrevoir. Mais ne perdons pas courage car c'est comme l'annonce de quelque chose de bien plus grand et bien plus important.
Jésus nous a rendu attentif à ces petits rien qui annoncent de grands changements comme le grain qui disparaît en germant mais porte fruit en abondance.
Par ailleurs, dans les récits bibliques, les grandes manifestations quelque peu spectaculaires, comme celles que vécurent Moïse au buisson ardent, Jonas sauvé par un grand poisson, Elie au Mont Carmel ou Paul sur le chemin de Damas, ne sont que les portails d'entrée dans l'histoire de Dieu avec ceux qu'il… aime et avec ceux qui …l'aiment.
Et là, mes amis, c'est comme une histoire commune faite d'une rencontre initiale et d'un partage au quotidien.
Cette rencontre personnelle avec Dieu notre Père et avec Jésus notre Christ-Sauveur s'est très souvent produite dans le secret de notre cœur, dans le secret de notre personnalité profonde, de sorte que personne d'autre que Lui et moi, n'y peut rien entendre ni comprendre. Cette expérience toute personnelle, fondamentale, n'est que difficilement et peu communicable. Cependant, partant de là, de ce petit rien, nous avons une grande nouvelle, celle de l'Evangile pour tous, à communiquer au monde entier. Encore un contraste de taille.
Avec les paroles de Jésus à ses amis disciples, paroles entendues ce soir, et qu'ils nous ont transmises avec tant d'autres, nous sommes au cœur du contraste même de l'Evangile. Ce qui nous rassemble ce soir ce sont ces quelques paroles de Jésus, cette promesse toute simple et si fragile, parce qu'elle dépend de nous : "Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux ", dit Jésus. En dehors de la foi, qui peut croire cela ? En dehors d'une vision personnelle d'espérance qui peut oser se mobiliser pour un tel engagement ? Mais voilà qu'au cours des siècles des hommes et des femmes y ont ajouté foi, ils se sont approprié ces paroles de Jésus. Et voilà que ce soir, et d'autres soirs durant cette "Semaine de Prière pour l'Unité des Chrétiens", nous nous sommes réunis à deux ou trois, ou plus, peu importe le nombre, à cause de ces paroles de Jésus. Oui ! nous y avons cru !
Mais , en fait qu'avons nous entendu ? Nous n'avons pourtant pas rêvé ! Jésus est au milieu de nous, puisque nous sommes venus de divers lieux et communautés d'Eglise, en son nom comme annoncé et promis. Comme il nous y exhorte. Mais avons-nous bien entendu les paroles qui entourent cette promesse ?
La lecture commençait par ces propos : "Si deux d'entre-vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux ", promet encore Jésus à ses amis. Mais alors c'est fantastique ! Pourquoi s'en priver et ne pas réciter des prières à longueur de journée ? Pourquoi ne pas frapper encore plus fort à la porte des cieux, auprès du Père ?
Jésus qui voit juste, a bien dit à ses disciple, " Si deux d'entre-vous, sur la terre,…" Oui, sur la terre, dans notre monde, au milieu de nos préoccupations et de nos soucis, voire de nos bagarres. C'est bien là qu'il nous invite à nous mettre d'accord. Ce n'est pas toujours très évident et encore moins facile à réaliser, nous le savons.
Cependant, et c'est pourquoi je crois à la pertinence de cet Evangile dans ses contrastes, j'aimerais que nous prenions bien conscience, comme on nous l'a rappelé au commencement de cette célébration, que c'est une équipe œcuménique d'Irlande qui nous invite à prier autour de cette promesse du Christ. Au milieu de leurs conflits et encore tout traumatisés par leurs blessures, ils nous invitent à méditer ces paroles de Jésus. Croyez-moi, sur des lieux conflictuels encore récents, ce n'est pas si simple de se mettre d'accord, même pour prier ensemble. L'Evangile est pourtant là dans ses contrastes.
Et comme si ce n'était pas assez clair dans le récit biblique, Pierre, le disciple qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas, pose cette grave question à son Maître : " Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? " et ajoute-t-il croyant se hisser à la mesure de la perfection divine," lui pardonnerai-je jusqu'à sept fois ?" demande-t-il à Jésus. Que faire de mieux en somme.
Vous connaissez la réponse de Jésus à son ami. Oui ! Nous la connaissons tous par cœur : " Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante dix fois sept fois" ! Propos qui évoquent les jubilés de remise de dette en Israël. C'était prévu par la Loi de Moïse. Jésus propose dix fois mieux. Autrement dit, il ne s'agit pas de comptabilité, mais il s'agit d'entrer dans le Royaume de Dieu. Il ne s'agit pas de rendre la monnaie de la pièce, il s'agit de la foi, il s'agit de la confiance en celui qui peut seul nous réconcilier, réconcilier les adversaires, voire les ennemis d'hier. Il n'y a souvent rien de spectaculaire mais c'est la discrétion de la Grâce de Dieu pour ses enfants. Evangile des contrastes. Jésus sois milieu de nous, et de tous, ce soir. Amen