* - Prédication du jeudi 19 janvier au cours du culte chez les diaconesses de Versailles et au Centre Œcuménique le 22 janvier 2006 par le pasteur Daniel Chaillou.
Textes : Ps. 133 - Deut. 30, 15-20 - 1 Cor. 12, 12-31 - Jean 13, 1-15

Comme chaque année depuis plus de soixante dix ans, dans le cadre inter Eglises, nous sommes invités durant cette "Semaine de prière pour l'Unité des Chrétiens" à une écoute toute particulière de la Parole de Dieu et à la prière pour une plus grande communion.
Dans cette recherche œcuménique, après les premières années d'hésitation dans l'ouverture aux autres confessions chrétiennes, arriva une assez longue période d'enthousiasme où chacun voulait en connaître plus sur les autres communautés chrétiennes et leurs affirmations théologiques. Depuis quelques temps déjà, il faut le reconnaître, l'enthousiasme initial s'est amoindri. Si nous continuons malgré tout dans cette démarche, c'est avec plus de lucidité, et plus de sagesse peut-être, mais non avec moins de détermination car les Paroles de Jésus et les écrits apostoliques nous exhortent continuellement en ce sens.

Désormais, les uns et les autres, nous sommes à la redécouverte de nos identités et analogies locales ou communautaires, avec tous les risques de repli ou de suffisance que cela comporte. Cependant la Parole de Dieu au travers des récits bibliques souvent partagés entre confessions chrétiennes, ne peut que nous entraîner à de nouvelle démarches vers l'Unité ou la communion.
A propos d'Unité, il faut reconnaître que nous avons peut-être trop présumé à ce sujet. L'unité que l'apôtre Paul décrit longuement dans son épître est claire. C'est celle du corps du Christ, de l'Eglise dans son ensemble, celle que nous appelons Eglise Universelle. En conséquence, nous sommes invités à reconnaître humblement que nous ne croyons pas suffisamment en cette Unité là. Nous n'y adhérons pas assez. Nous n'en vivons pas fondamentalement : Là est notre défaillance. C'est notre péché, car nous contribuons ainsi à disloquer le corps du Christ, l'Eglise Universelle.

Sans doute y a-t-il de profondes raisons à cela. Comme je viens de l'évoquer, celles, entre autres, de nos inconséquences. Toutefois, à mon avis, nous faut-il demander à Dieu une plus grande part de son Esprit, car pétris de nos convictions particulières nous n'appréhendons pas vraiment la dimension universelle de l'Eglise du Christ. Certes nous sommes en chemin, en mutation en quelque sorte, mais il y faut encore beaucoup d'humilité et de persévérance. Dans sa lettre aux Corinthiens, Paul invite les frères et sœurs à se considérer comme membres à part entière de cette Eglise universelle. Son intuition et son inspiration le conduisent à faire une comparaison avec tout corps vivant. Chaque membre y a sa place et sa fonction. Probablement aussi que le temps et l'histoire nous a , aux uns et aux autres, façonné des postures caricaturales, dont il faudra bien, un jour ou l'autre, nous débarrasser si nous voulons faire honneur au corps du Christ.

L'image du corps que l'apôtre emprunte pour nous parler de l'Eglise de Jésus-Christ est fort judicieuse en effet, car les membres y ont tous leurs raisons d'exister et de servir l'être vivant dans son intégralité. Chacun y trouve son bonheur dans la mesure où tous sont en bonne santé et remplissent leurs rôles respectifs. Le corps et l'être sont en forme dans la mesure où les membres sont en parfaite harmonie et en excellente symbiose entre eux.
Peut-être d'ailleurs que si Paul écrivait de nos jours, prendrait-il aussi l'image des cellules vivantes que nous sommes, dans ce corps vivant du Christ qu'est l'Eglise universelle. A chacun une place, un rôle, une fonction presque insignifiante mais pourtant indispensable au bon fonctionnement de ce corps vivant qu'est l'Eglise du Seigneur.

Il est clairement établi que pour être en bonne forme, il convient d'avoir un corps en bonne santé. En effet écrit l'apôtre " si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance…" Pour tout vivant c'est plus qu'une image, c'est la réalité quotidiennement constatée et vérifiée dans notre propre chair. Si j'ai mal à la tête, je traîne les pieds, si mes pieds me font souffrir ça se voit sur mon visage. La solidarité est indéfectible dans le corps, nous le constatons à chaque instant.

Alors que dire à propos d'Unité des chrétiens ? Sinon que nous sommes, chacun et chacune pour sa part, une petite cellule vivante absolument indispensable dans son environnement proche, sa communauté, son Eglise qui, à son tour, en tant que du corps du Christ se doit de servir au mieux de sa forme.

Ainsi vous l'avez compris, comme l'écrit l'apôtre, il est clair que nous n'avons pas à vouloir ce que nous ne sommes pas. "Si le corps tout entier était un œil où serait l'ouïe ? Si tout était oreille, où serait l'odorat ?" s'exclame-t-il.
Dans l'Eglise du Christ chaque membre a son importance unique, indispensable, et dans chaque membre chaque unité cellulaire y a sa place unique et reconnue.

Lorsque nous nous serons ainsi retrouvés, chacun à sa place et pour le service auquel il est attendu, alors l'Eglise du Christ aura belle et fière allure en ce monde et pour toujours. Pour garder cette forme, il y a un secret que nous n'avons pas entendu lors de la lecture, mais que tous nous connaissons comme l'évoque l'apôtre dans l'hymne bien connu : " < span style="font-weight: bold;">Et de plus, écrit-il, je vais vous indiquer une voie infiniment supérieure… (voici la suite au chapitre suivant)… Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s'il me manque l'amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante ."

Le voilà le secret, c'est l'amour qui surpasse tout, même l'Espérance et même la foi, car il est l'élément qui nourrit chacune des cellules dans chacun des membres. Sans amour nous ne serions que froides réalités, peut-être belles comme des pièces de musées, mais sans vie ni âme. Ce que nous recevons de notre Seigneur dans son Eglise, c'est précisément son Amour sa Grâce et sa Paix que nous devons diffuser autour de nous dans les membres que nous constituons mais aussi dans nos relations extérieures.

Cet amour est pétri d'humilité et d'esprit de service, comme Jésus l'a montré à ses disciples lors du lavement des pieds et dans bien d'autres occasions. Lui, le Seigneur et le Maître, ne s'est pas jugé indigne de se faire serviteur de tous. C'est à cela que nous serons reconnus comme ses disciples et amis lorsque nous serons, par amour, au service les uns des autres. Alors son Eglise se portera bien et sera véritablement universelle, c'est à dire digne de porter témoignage dans ce monde ci. Ainsi, soyons à l'aise dans nos communautés qui nous ont vus naître et grandir. Et, que ce soit par son Esprit qui nous anime et nous réchauffe pour un humble et juste service. Amen