* - Prédication du dimanche 8 janvier 2006 au Centre Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 72 - Es. 60, 1-6 - Eph. 3, 2-6 - Matt. 2, 1-12

Epiphanie... Vous avez dit Epiphanie… Mais de quelle Apparition s'agit-il ? car c'est bien ce que signifie ce mot Epiphanie.

C'est essentiellement avec le texte du livre d'Esaïe que je vous invite à méditer aujourd'hui.
Ce récit d'un prophète visionnaire, pour son époque et pour le temps messianique, n'a pas manqué d'exhorter bien des générations depuis qu'il a été proclamé et transcrit jusqu'à nos jours.
Avec ce chapitre, nous entrons dans la troisième partie du livre d'Esaïe. C'est la période post-exilique. Depuis un certain temps déjà, Cyrus, le roi perse régnant à Babylone, a promulgué un décret qui permet aux populations jusque là exilées en Babylonie, de rentrer dans leur pays d'origine : entre autre, les Israélites en Israël et les Jérusalémites à Jérusalem.
Il va sans dire que de tout temps, la réinstallation ne va pas de soi. Les populations restées sur place ont de la peine à accepter les nouveaux arrivants, qu'ils ne connaissent et ne reconnaissent plus. D'autant plus que probablement, ces derniers voudraient bien retrouver leurs droits et anciennes possessions.
Ceux qui reviennent, ne sont vraisemblablement que les descendants de ceux qui ont été exilés. Peut-être même qu'une génération les séparent. Alors, les relations sont difficiles. Le prophète n'ignore pas cela, bien au contraire, avec tact et poésie, il en parle sous forme imagée. Ecoutons encore ses paroles :
" Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive ta lumière : la gloire du Seigneur, sur toi s'est levée."
" Voici qu'en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard submerge les cités, mais sur toi le Seigneur va se lever et sa gloire est en vue." (Es. 60, 1-2)


Je soupçonne l'auteur de ces paroles d'avoir subi quelque influence orientale dans sa façon imagée de dire la gravité des évènements. Une certaine sagesse, sans doute, en même temps que l'art poétique lui permettent de parler sereinement de situations périlleuses. Pour le prophète, deux aspects contrastés caractérisent la réalité fragile de son époque. Un incertain jeu d'ombre et de lumière se meut sous son regard. Toutefois, pour lui, indubitablement, la lumière l'emporte sur les ténèbres. Un peu à la manière des mages astrologues venus d'orient pour rendre hommage au Roi d'Israël, dont nous écoutions le récit il y a un instant, l'auteur prophétique prend ici un semblable recul pour décrire la gravité de son temps.

A mon avis, seul un homme ayant expérimenté de longues observations du lever et de la course des astres dans le ciel, peut employer un tel langage imagé et symbolique : après le règne des ténèbres, alors que tout demeure encore dans la totale obscurité, l'observateur, lui, voit déjà poindre la lueur de l'astre. Dans une brume obscure et dense, il perçoit d'imperceptibles rayons lumineux. Ainsi le prophète voit déjà poindre la présence du Seigneur au milieu de son peuple encore abattu et engourdi. C'est comme si Dieu allait apparaître à l'horizon enténébré et qu'inévitablement allait se lever un jour nouveau.

Ainsi, je pense que nous devrions tous nous munir d'une lunette et apprendre cet admirable attitude professionnelle d'observateur du ciel. Nous y apprendrions la sagesse, la pondération, la persévérance, et l'espérance. Nous saurions en effet, que le lever et le coucher des astres ne peut avoir lieu qu'à l'heure prévue. Nous saurions qu'après les longues veilles dans l'angoisse de la nuit, nous assisterions à l'infaillible, autant qu'imperceptible, diffusion de la lumière de l'aube nouvelle.
Le prophète a choisi de parler au peuple avec la magie des mots et des images afin de le réveiller de sa torpeur et de son engourdissement. Ecoutons le encore : " Mets-toi debout et deviens lumière… Car elle arrive ta lumière…"

A observer le ciel à la manière des astronomes, nous aurions appris que sans astre il n'y aurait que ténèbres dans l'univers. Aucune lumière ne brillerait. Aucune chaleur ne fuserait. Aucune vie ne germerait. Ce ne serait que masses "informes et désertes", total tohu-bohu selon la formulation biblique de la Genèse. Nous aurions compris que l'état initial c'est le froid et les ténèbres.

A dire juste et vrai, nous ne serions pas là pour en parler. Ce serait donc le "tohu-bohu" absolu. Ainsi lorsque nous célébrons le Dieu créateur, c'est bien parce que nous le remercions de nous avoir permis d'exister. Nous le célébrons d'avoir aimé son œuvre avant même qu'elle n'existe. Nous lui rendons grâce de nous avoir placé en ce monde, comme poisson dans l'eau.
Jamais nous ne célébrerons assez notre Dieu, de nous avoir insufflé la vie dans un environnement aussi hostile qui, a priori, n'est que ténèbres et absence de vie. Les auteurs de plusieurs passages bibliques, notamment du 1er chapitre de la Genèse, l'avait exactement compris. En révélant avant toute science, que la première de toutes les créations était la lumière, avant même que n'existe les luminaires, ils affirmaient, qu'elle était prioritairement nécessaire à l'apparition de la vie. Avec elle tout devenait possible, sans elle tout ne resterait que tohu-bohu absolu.

A bien lire le prophète Esaïe, même écrit en trois périodes différentes, nous y discernons une réelle unité : il s'agit précisément de la célébration du Dieu créateur de lumière dans un monde de ténèbres.
C'est bien là que réside l'Evangile : Ce qui fait d'Esaïe une prophétie messianique, c'est que dans un monde chaotique, froid et enténébré comme le nôtre, apparaît soudainement une étoile, un astre radieux, qui apporte la vie.

Ainsi, comme le prophète, et comme les mages de l'évangile, tout croyant devient un observateur dont la seule raison d'exister en somme, c'est de discerner le lever du jour, à la manière des oiseaux qui chaque matin annoncent le lever du soleil, bien avant qu'il ne soit là. Et, comme eux, nous savons que l'heure est proche et que vient le jour de pleine lumière. A nous de l'annoncer. Nous savons comment Jésus lui-même nous a révélé l'Evangile dans une grande simplicité. Souvenez-vous de ses paroles :
Il dit à ses disciples :" Vous êtes la lumière du monde… On n'allume pas une lampe pour la mettre sous un seau, mais sur son support d'où elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison." (Matt. 5, 14)
" Jésus, à nouveau, leur adressa la parole: "Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres; il aura la lumière qui conduit à la vie." (Jean 8:12)