* - Prédication du dimanche 27 novembre 2005 au Centre Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 80 - Es. 63, 16 – 64, 7 - 1 Cor. 1, 3-9 - Marc 13, 32-37

En introduction à la prédication de ce jour, je commencerai par l'une des notes de André Chouraqui au sujet du passage de Marc que nous venons de lire. Voici ce qu'il exprime à propos de l'ensemble des paroles prophétiques et apocalyptiques de Jésus en ce chapitre : " L'ensemble, écrit-il, de ces prophéties donne lieu à de multiples interprétations où exégètes et théologiens ne cessent de se mesurer à la difficulté du texte ." Alors, ajouterai-je pour ma part : "Qu'en sera-t-il donc, pour le pauvre prédicateur que je suis ?"

La difficulté augmente encore si l'on sait que Jésus reprend ici un langage connu et pratiqué par les prophètes du premier testament comme Esaïe, Ezéchiel, Joël, Amos ou Daniel. Ces propos apocalyptiques ne sont pas inconnus pour les disciples. Ils les ont entendus et peut-être lus à la synagogue de Tibériade ou de Capharnaüm lors d'un ou l'autre shabbat. Jésus les reprend ici, alors que Pierre, André, Jacques et Jean l'interrogent au Mont des Oliviers, assis tous les cinq, en face de l'entrée du sanctuaire, à l'Est des murs de Jérusalem (13, 3).

Les disciples admirent les constructions. Ils sont fiers de leur capitale et du Temple. Cependant Jésus sait, lui, que toute œuvre en ce monde est fragile et vulnérable. Comme le rédacteur l'a très bien perçu dans cet évangile catéchétique, l'heure n'est pas à la contemplation des œuvres humaines, mais à la méditation et à l'interrogation sur les événements tragiques qui se préparent, qu'il s'agisse pour Jésus de sa toute prochaine arrestation ou pour la génération suivante, quarante ans plus tard, de la destruction de Jérusalem et de son Temple. Devenir disciple de Jésus de Nazareth, n'est pas une mince affaire. Ca ne va pas de soi. Le risque est trop réel. Il ne faudrait pas, en plus, passer à côté du sens et de l'acte de foi en celui qui est précisément le Christ. C'est toute la force pédagogique et didactique de l'évangile selon Marc.

Malgré la précipitation des événements, Jésus prend le temps de s'asseoir avec ses disciples pour partager sur la transmission des paroles de l'Ecriture, toujours susceptibles de devenir la Parole de Dieu, une Parole vive et brûlante d'actualité, comme toute parole prophétique : "L e ciel et la terre passeront dit Jésus, mais mes paroles ne passeront pas." (13, 31)

Lorsque Jésus partage ces paroles avec ses quatre fidèles disciples, il pressent probablement le dénouement tragique de ce qui se trame pour lui. En tout cas, c'est ce que nous laisse entendre le rédacteur de cet évangile qui, vraisemblablement, tient cela de la prédication apostolique.
" Veillez donc ! leur dit-il, car vous ne savez pas quand le maître de maison va venir, le soir ou au milieu de la nuit, au chant du coq ou le matin… " (13, 35) < br> Pour l'heure, dans la nuit de Gethsémani, c'est plutôt un voleur qui va venir, le voleur de vie, en la personne de Judas … Toutefois, très proche des rythmes de la nature, Jésus attire l'attention de ses amis sur les signes annonciateurs de la vie, où la mort n'a jamais le dernier mot, pourvu que l'on discerne et accueille l'Esprit qui fait vivre et revivre l'espérance. Même en plein hiver le figuier sans feuille prépare les fruits du printemps. Même déposé dans le creux de la roche , le corps du Maître se dispose à la résurrection en la personne du Christ. Nul ne sait quand, en cette obscure nuit de shabbat. Sera-ce le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ? Pas même les anges, pas même le Fils, ne peuvent le dire, pas même les femmes arrivées très tôt au tombeau, en ce premier jour de la semaine.

De même les disciples sont vivement exhortés à la vigilance., car au-delà de ce premier avènement du ressuscité, l'imprévisible et peut-être imminent retour du Maître de maison se fait également pressant. " Veillez, dit Jésus, car vous ne savez ni le jour ni l'heure".

Ces jours derniers en regardant un document vidéo sur les origines du Christianisme, l'un des exégètes interrogeait les chrétiens d'aujourd'hui sur cette attente du retour du Christ. Qu'en est-il après deux mille ans ? Contrairement aux chrétiens du premier siècle, nous serions-nous habitués à cette prime du temps qui passe ? Ne serions-nous plus habités par l'Esprit de veille porteur d'urgence évangélique ? Oui ! Qu'en est-il vraiment de notre annonce du retour du Christ Jésus et de notre impatience à accueillir son Règne ?

En fait, il me semble que malgré nos défaillances et notre accoutumance à voir défiler le temps, nos Eglises paroissiales prennent de plus en plus la mesure du nécessaire témoignage dans le temps présent. Seront-elles sages ou folles, je ne saurais le dire, mais le thème synodal de cette année était assez révélateur de sens : "Osons le rayonnement de notre Eglise ! " Non pas pour elle-même, ce qui n'aurait aucun sens et serait un non sens. Non ! mais osons être " des passeurs de Parole " comme le disait Jean-Charles Tenreiro dans son message synodal. Osons " Proposer Dieu au monde ", ajoutait-il encore et " changer de logique ". "L'Eglise réformée, disait-il, est lancée dans son ensemble, dans une démarche dans laquelle il s'agit de passer d'une logique de desserte à une logique d'annonce. Au delà de ces mots, pas uniquement destinés à frapper l'attention mais étant déjà une déclinaison possible du projet, et quelle que soit la manière que nous aurions de le formuler, il s'agit encore et toujours du "semper reformanda" que nous aimons à rappeler comme unique pédagogie et méthode singulière de renouvellement de la mission de l'Eglise d'annoncer l'Evangile à travers les acteurs et les témoins que nous avons à être." (Fin de citation).

Toutes les Eglises locales de notre région se sont exercé à ce travail bénéfique de reformuler leur projet de vie d'Eglise. Toutes ont retrouver au travers de formulations variées, la conviction qu'elles existaient pour un témoignage vivant au milieu de nos frères et sœurs les humains, afin de leur proposer ce que recevons comme une grâce sans cesse renouvelée. Le synode a justement formulé un message exhortatif, adressé à chaque membre des Eglises locales, que vous découvrirez sur une feuille polycopiée. Cette exhortation pose deux question vitales et fondamentales : "Que seriez-vous sans votre Eglise ?" et " Que serait votre Eglise sans vous ? " Au centre de ce message trois exhortations - à l'édification personnelle - au sens de la communauté - à la visibilité , c'est à dire l'annonce.

Dieu nous précède dans ce chantier. Amen