* - Prédication du dimanche 25 septembre 2005 au Centre Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 25 - Ez. 18, 21-32 - Philip. 2, 1-11 - Matt. 21, 28-32

Depuis quelques dimanches, nous suivons les difficiles paraboles contrastées de Matthieu, qui posent les questions qu’il ne fallait pas poser !
Avec celle des ouvriers de la onzième heure, qui aborde l’épineuse revendication d’égalité et de justice, notre prédicateur Jean-Charles Tenreiro, dimanche dernier, nous a fait toucher du doigt une réalité majeure dans nos relations humaines comme dans le Royaume de Dieu : c’est la bonté et la générosité. Rappelez-vous comment, dans cette parabole, le propriétaire exploitant de la vigne argumente ses propos envers l’ouvrier de la première heure, qui récrimine contre ce qu’il perçoit comme une injustice :
« Est-ce que tes pensées sont mauvaises que je suis bon ? » lui demande le maître de la vigne. (Matt. 20,15)

Pour aujourd’hui, voici une nouvelle parabole :
Un homme avait deux fils, l’un s’appelait « Non-Oui » et l’autre « Oui-Non ».
Un matin, à la saison des récoltes, le père s’adressant à chacun en particulier sur le ton qu’il fallait, leur demanda puisque c’était l’époque, d’aller surveiller les vendanges.
« Non-Oui » qui avait beaucoup de choses à faire dit à son père qu’il n’irait sûrement pas. Mais un peu plus tard, se ravisant, toute affaire cessante, il se rendit à la vigne, comme son père le lui avait demandé. La vendange n’attend pas.
« Oui-Non », qui lui pensait pouvoir tout faire dans sa journée, affirma à son père qu’en effet, il irait à la vigne. Mais les heures passant, occupations et préoccupations ne lui laissèrent pas loisir d’y aller ! De lui, on se passerait !
A votre avis, que s’est-il donc passé ?


Avec cette autre parabole des deux fils, nous entrons encore un peu plus avant dans la complexité imprévisible des réactions humaines. Dans un contexte rural rude et, dans un pays sous occupation, Jésus a eu mainte occasion, à Nazareth ou ailleurs, d’observer les brusques et imprévisibles réactions de ses contemporains. En puisant dans sa culture et fort de son expérience, il élabore des paraboles qui renvoient des traits intéressants du comportement de ses propres concitoyens et des nôtres également.
La parabole des deux fils, met en évidence l’étonnante liberté et la grande responsabilité qui incombe à chacun. Devant la même sollicitude du père envers l’un et l’autre fils, leurs réponses et attitudes sont totalement inversées. Celui qui dit « non » à son père se ravise et se rend finalement à la vigne, tandis qu’inversement celui qui dit « oui », n’y alla point. Que penser de cela ?
La première remarque qu’on peut évoquer ici, c’est qu’il paraît primordial, selon les paroles mêmes de Jésus, d’avoir des oreilles pour entendre.
L’attitude du père est également remarquable. En effet, selon le texte, il s’avance et va successivement à la rencontre de chacun de ses deux fils, en particulier. On peut imaginer que les connaissant bien l’un et l’autre, il y met le ton et choisit ses propos pour les convaincre.
. Or, aucun des deux fils n’a perçu ce que leur père attendait d’eux vraiment. Visiblement le premier ne supporte pas de recevoir ce qu’il perçoit comme un ordre. Son refus fut sûrement acerbe et désobligeant. Ce n’est qu’après coup qu’il réalise de quelle confiance son père le gratifie en lui demandant de prendre sa part de responsabilité dans la gestion de leur vigne ! Il n’est pas là considéré comme un ouvrier, mais comme investi d’une part de maîtrise dans ce qu’il avait trop considéré comme le seul bien de son père. Désormais, le voilà invité à partager la gestion et le fruit. Mais, il lui faudra un peu de temps pour véritablement entendre et comprendre ce qui se passe.

Quant à « Oui-Non », il ne semble pas avoir perçu l’invitation pressante de son père à entrer de plain pied dans le partage de la gestion et de la récolte de leur vigne. Son oreille ne lui a pas permis d’entendre ni son cœur de comprendre. Habitué à n’en faire qu’à sa tête, sa réponse verbale ne fut que machinale et sans décision réelle.

Ce que nous retenons d’important de cette parabole brève mais dense, c’est le reflet de miroir qu’elle nous renvoie.
Si Jésus y a mis cette densité dans l’expression, c’est dans un premier temps envers ceux qui l’écoutent alors sur le parvis du temple à Jérusalem. Prêtres, scribes et pharisiens en prennent pour leur grade de responsabilité. Evidemment, selon Matthieu, à quelques jours sinon quelques de son arrestation, les paroles de Jésus sont d’autant plus pressantes.

En outre, cette parabole nous est parvenue et nous la méditons aujourd’hui. C’est donc à cet instant même que nous devons en tirer les conséquences.
Certes, ce n’est qu’une parabole, et nous n’allons point comme à l’Assemblée nationale, établir une droite d’un côté et une gauche de l’autre. Non !
Il y a une raison à cela, car au delà de la personnalité des deux fils, il se pourrait bien que nous soyons un peu mâtiné des deux, et que selon nos humeurs, nos urgences ou nos priorités nous ayons l’une ou l’autre attitude. Nous empruntons des deux. En quelque sorte, nous serions le troisième numéro celui qu’on attendait pas, toujours prêt à faire des arrangements, celui qui dit oui et qui dit non, celui qui dit ni oui ni non.
Nous serions alors le plus malheureux des fils. Nous n’aurions donc pas compris combien, par amour, le père, notre Père, nous sollicitait avec empressement. Car selon ce que nous avons retenu des paroles de Jésus, il s’avance en personne et en particulier vers chacun de ses fils, de chacun des ses enfants, donc de chacun d’entre nous.

En conclusion, l’essentiel du message porte sur la motivation profonde du Père envers ses enfants à qui il veut transmettre le désir d’œuvrer dans sa vigne, c’est à dire au milieu des hommes qu’il aime.
En ce début d’année, beaucoup de possibilités s’offrent à nous. Bien sûr, il nous faudra choisir. Mais retenons avant tout que l’appel à participer à la grande œuvre de Dieu, nous est adressé intimement et qu’il nous revient de l’écouter vraiment pour l’entendre réellement afin de la bien comprendre et de nous laisser mouvoir par la force de son Esprit.
C’est vrai, nous sommes de plus en plus sollicités à œuvrer, avec d’autres, par des présences et actions œcuméniques. C’est vrai, nous nous préparons à une cohésion communautaire plus grande afin de mieux témoigner ensemble de la liberté que le Père nous accorde. De grâce n’oublions pas que c’est lui, notre Père qui nous précède sur le chemin et sur les chemins de St Quentin. Amen.