* - Prédication du dimanche 04 septembre 2005 à Plaisir par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 146 - Ez. 33, 7-9 - Rom. 13, 8-10 - Matt. 18, 15-20

La communauté d'Eglise a-t-elle quelque chose à voir avec l'ambition humaine ?
Comme très souvent, les séquences qui nous sont données à lire et méditer sont tronquées de leur thème principal et ceci peut entraîner des interprétations trop partiales et, parfois fausses. Nous garderons donc à l'esprit l'étrange demande des disciples à Jésus. Voici, au tout début de ce chapitre 18 de Matthieu, ce qu'ils lui demandent : " Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ? " Telle est la question que se posent les disciples. Et, nous dit encore le texte, «  Appelant un enfant, Jésus le plaça au milieu d'eux. Selon d'autres textes des évangiles, chemin faisant, les disciples se querellèrent entre eux à ce sujet.
Dans ce récit, après leur avoir fait comprendre qu'ils n'étaient que des enfants dans la foi et qu'ils devaient s'en tenir à cette attitude d'apprentis stagiaires, Jésus leur parle maintenant en toute franchise de leur vulnérabilité et de leur solidarité. Au lieu d'ambition personnelle et de réussite extraordinaire, la vie en conformité avec le Royaume de Dieu se distingue par un apprentissage d'attention à l'autre. D'abord à celui qui est le plus fragile et vulnérable, comme un mouton qui s'égare par exemple : alors, toute affaire cessante, il faut le retrouver, vous connaissez la parabole ici reprise en deux phrases ; ou alors, comme un enfant que l'on doit respecter dans son enfance et aider à grandir. Puis, chose plus étonnante, (et ce n’est pas le plus facile), lorsque quelqu'un vous a offensé, au lieu de le vouer aux enfers, il convient de prendre langue avec lui pour tenter une explication et trouver un chemin de réconciliation malgré toutes les difficultés. La communauté est là pour y aider. C'est aussi cela le Royaume de Dieu. Comme nous le voyons, il s'agit d'une toute autre attitude que celle envisagée par les ambitieux disciples. Loin de jouer les super héros, c'est la volonté du respect et de la dignité d'autrui qui y est mise à l'honneur afin qu'ensemble, soit tracé un chemin de vie et de paix partagée. Cette perspective dépasse souvent notre entendement, mais le Christ nous a précédés sur ce sentier, parfois étroit, il faut bien le reconnaître.

Quelle est donc cette force dynamique qui s'exerce au travers de quelques-uns ?
Une nouvelle fois, le message évangélique se révèle déconcertant. Dans nos schémas mentaux, l'impact de toute organisation ou structure humaine ne se conçoit que par l'importance de son succès et du nombre d'adhérents. Si possible, toutes les statistiques d'analyse dans le temps et l'espace ne peuvent et ne doivent s'afficher qu'en courbes croissantes. Or, ici rien de tel. Aux yeux de Jésus, la naissance même de l'embryon communautaire porte suffisamment de force de vie : "si deux d'entre-vous s'accordent…", dit Jésus. Ou encore, "Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom…je suis au milieu d'eux ", ajoute-t-il.
Selon André Chouraqui, une tradition juive évoque une considération tout aussi déconcertante. Ecoutons : " Quand dix personnes sont assises et s'occupent de Tora, la gloire de Dieu est au milieu d'elles. Quand elles ne sont plus que cinq, elle se trouve encore au milieu d'elles. Quand elles ne sont que deux, la gloire de Dieu est encore au milieu d'elles. Et s'il n'y a qu'une seule personne à s'occuper de Tora, la gloire de Dieu l'habite encore", (Pirqéi Abôt 3,3). Preuve que Jésus se situe bien dans cette tradition de lecture.
Nous avons là d’autres façons de nous dire que notre Seigneur est celui qui nous connaît par notre nom et que chacun compte à ses yeux. La force que j’évoque ici, réside dans cette proximité aimante de Dieu qui s’approche de chacun pour lui donner ou redonner vie. Mais il est tout aussi important de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une préférence unique. Le Fils unique est déjà venu dans le monde. C’est lui qui nous fait cette promesse d’être avec les deux ou trois rassemblés en son nom. De cette volonté de rapprochement naît une nouvelle espérance de vie en bénédiction. De nouvelles étapes se dessinent alors dans la mesure où cette même force aimante rapproche chacun de l’autre et nous unit, ensemble, à Dieu. Le fondement de l’Eglise que Jésus à voulu construire réside dans cette force qui anime toute communauté petite, ou plus importante. Mais dans le Royaume de Dieu, il n’y a pas de plus ou moins grand. Comme dans une famille nous y sommes aimés pour ce que nous sommes.

Etrange pouvoir qui n'en est pas un !
Depuis deux ou trois dimanches, il nous est donné de méditer à propos de l’édification de l’Eglise telle que Jésus l’a lui-même discernée et voulue : “ sur ce rocher, je bâtirai mon Eglise, disait-il à Pierre ”, en distinguant bien intentionnellement Pétros, Pierre, de pétra, le rocher. Ne sachant pas de quel geste Jésus accompagne son propos, on peut imaginer qu’il dise à Petros « toi, tu es Pierre, mais c’est sur ce Roc-ci que je construirai mon Eglise.
Dimanche dernier, nous avons déjà évoqué la remise des clés, pour nous apercevoir qu’il n’y avait là aucun pouvoir. La raison première sans doute c’est que, de tout temps, une clé ne peut ouvrir ou fermer que si elle est absolument conforme à la serrure elle-même. Les traductions des paroles de Jésus : “  ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ” pourraient laisser croire en effet qu’il y a réel pouvoir remis à Pierre et autres apôtres. Mais en regardant le grec d’un peu plus près, on s’aperçoit qu’une autre traduction devrait s’imposer : “ ce que vous lierez sur la terre c’est ce qui a déjà été lié dans le ciel. Et ce que vous délierez sur la terre, c’est ce qui a déjà été délié dans le ciel ”. Autrement dit, il ne peut y avoir pour cette Eglise fondée sur le seul Rocher qu’est le Christ, qu’une conformité parfaite entre ce qu’est le Royaume de Dieu et son irruption dans notre monde.
Jésus le rappelle ce matin : “ si deux d’entre-vous s’accordent sur la terre pour demander quoique ce soit, cela leur sera donné par mon Père qui est dans les cieux ”. Ceci correspond également à la prière que le Maître donnait à ses disciples “  Père que ta volonté soit faîte sur la terre comme au ciel ”.
Ce n’est donc pas un quelconque pouvoir qui nous serait remis, mais un don que nous recevons de notre Seigneur. C’est dans une communion d’esprit, par le l’Esprit saint que nous en recevrons quelque exaucement.
Ce à quoi Jésus nous invite ce matin, comme lorsqu’il parlait de vive voix à ses disciples, c’est à partager très fortement ce que son Esprit nous inspire. Encore une fois, ne nous y trompons pas, la clé de l’Esprit saint ne peut ouvrir dans nos cœurs, et autour de nous, que ce qui est semblable au Règne de Dieu et au Royaume des cieux. Mais comme sur terre, il y a beaucoup à faire en ce domaine, ne négligeons pas cette faculté qui nous est ainsi confiée. L’Esprit de Dieu, c’est la clé qui nous est donnée pour ouvrir afin de changer l’air de notre casbah.
Que sa volonté soit faite pour les deux ou trois que nous sommes dans notre cité. Amen.