* - Prédication du dimanche 03 juillet 2005 au CAP St Jacques par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps 145 - Zach. 9, 9-10 - Rom. 8, 1-17 - Matt. 11, 20-30

Dimanche passé, nous avons évoqué un certain nombre de choses importantes sur le chapitre 10 de l'évangile selon Matthieu, précédant juste celui d'aujourd'hui. Nous sommes bien dans une suite, en effet. Selon le rédacteur, après avoir envoyé ses disciples en mission, avec force recommandation, Jésus observe et fait une sorte de bilan à propos de l'impact qu'aurait pu avoir l'annonce de l'Evangile dans les cités visitées en Galilée.
Qu'il s'agisse de ses propres interventions ou de celles de ses disciples, Jésus fait un dur constat : Que l'on s'y prenne comme on voudra, ses compatriotes ne bougent pas d'un pouce. Ils sont comme des gens indifférents à qui l'on peut bien jouer des airs entraînants ou des lamentations, ça ne leur fait ni chaud ni froid. Ils ne dansent ni ne pleurent. Ils ont des avis négatifs sur tout : Jean le Baptiste, un ascète se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage, passe pour quelqu'un à l'esprit dérangé tandis que Jésus qui accepte les invitations pour tisser des liens, se fait taxer de glouton et d'ivrogne… Voilà ce qu'on raconte alentour. Voilà ce que l'on peut constater à l'issue de ces premiers temps de mission. Plutôt décourageant, non ?

Dans l'espoir de provoquer un peu de fierté et d'amour propre chez ses compatriotes, Jésus fait des comparaisons audacieuses dans le temps et l'espace, entre les cités qu'il fréquente journellement et d'autres hors d'Israël, a priori perdues dans leur paganisme : Sodome, Tyr et Sidon. Et, le jugement dernier pourrait bien pencher en faveur de ces dernières. Il y a vraiment de quoi désespérer des "brebis perdues d'Israël" (Matt. 10,6) pour lesquelles pourtant le Berger et son royaume se sont approché. Sont-ce des bribes de prédications entendus ici ou là ? Sont-ce des sentences prononcées entre les ouvriers de la moisson et leur Maître ? Nous ne sauront pas. Les choses sont simplement et brièvement évoquées. C'est tout. Mais en même temps c'est beaucoup et c'est essentiel.

Quelle attitude avoir devant les difficultés rencontrées ? Quelle suite envisager ? Fallait-il baisser les bras et rentrer chez soi ? A Nazareth ou à Bethsaïda ?
Nous comprenons tout à coup l'importance de ces situations vécues par Jésus lui-même et ses premiers disciples en mission. Sans cesse ils furent confrontés à cet aspect des choses et à l'incrédulité de leurs concitoyens. En outre, il était de première importance de rappeler ces faits aux générations suivantes qui peinaient aussi à l'annonce du même Evangile.

Décidément, même pour nous, il est bien fini le temps où nous aurions pu penser qu'il était plus facile qu'aujourd'hui, de proclamer l'Evangile dans les rues de Bethsaïda, de Capharnaüm, de Tibériade ou de Chorazim.
Même pour nous, il n'est pas insignifiant de comprendre comment dans une société aussi religieuse que celle de Jésus, il était tout aussi difficile et compliqué de proposer la Parole du Christ au milieu des hommes. Nous croyons peut-être affronter cette difficulté toute particulière dans une société laïque, indifférente et sûre de ses a priori, mais le cœur de ces gens là, était tout aussi insensible à l'Evangile que celui de nos contemporains religieux ou laïcs.
L'être humain s'enferme toujours pareillement dans ses égoïsmes, ses prérogatives ou ses privilèges. C'est précisément sur ce terrain pierreux là que la Parole doit être semée en abondance.

Fort heureusement, les observations de Jésus le conduisent plus loin que nous aurions pu le penser. La suite du récit nous introduit à une tout autre considération. La Parole si largement répandue par Jésus et ses amis, ne rencontre pas que du terrain hostile et stérile. De temps à autre, il doit y avoir quelque retour, humble peut-être, mais réel. Car nous dit le texte : "à quelques temps de là , j'invente, on surpris Jésus en train de rendre grâce à Dieu son Père parce que d'humbles et petites gens s'étaient laissé ensemencer de cet Evangile contrairement aux sages et aux intelligents qui, eux, n'en retinrent aucune miette…"

Le bilan, même austère, tant nécessaire, n'était pas pour autant suffisant. Jésus découvre dans la prière, avec ses amis, qu'il y a une force toute particulière à rendre grâce tout spécialement pour les tout petits signes d'encouragement qui se manifestent ici ou là. Le Royaume en ce monde ne se manifeste décidément pas avec fracas ni de manière grandiose, mais plutôt d'humble façon. Il est vrai qu'un des anciens prophètes l'avait perçu humblement juché à califourchon sur un âne tout gris mais grand messager de paix.
Je vous invite à relire la prophétie de Zacharie 9, 9-10 …

Ce message vaut pour tous les temps, puisque le cœur de l'homme est toujours aussi disposé à partir en guerre alors qu'il y a tant de raison d'entrer en solidarité, comme l'imaginait déjà le prophète Zacharie.

Les prophéties et les actions de grâce ont cette même force, qu'elles mobilisent en nous l'énergie de l'Esprit de Dieu que nous avons pleinement reçu, selon l'apôtre Paul, (Rom. 8, 14-16) Il convient en toutes choses d'être pleinement lucide et de ne rien dissimuler. Il ne faut rien occulter dans nos bilans. Mais dans un deuxième temps il convient de rebondir dans la ferme confiance que nous avons reçue de notre Maître.

Ne soyons pas étonné si au travers du récit évangélique, les disciples et apôtres nous font part de la rudesse du travail du "semeur sorti pour semer" et de l'aridité toute galiléenne des cités contemporaines de Jésus. Cette âpreté dans la tâche se vérifiera tout au long des siècles y compris dans sa propre Eglise.
Cependant il exhorte les plus faibles, les plus découragés, les plus exténués à venir auprès de lui comme auprès d'un médecin. Il peut et il veut les soulager et les alléger. C'est comme lorsque épuisé par un trop long chemin dans la poussière et sous un soleil de plomb votre plus proche compagnon vous propose de porter votre sac à dos. Jésus est manifestement ce compagnon proche et ami qui sans cesse exhorte, et dont la Parole est apaisante et salutaire puisque lui même a fait la dure expérience des chemins et des cités de Galilée.
Une fois encore le disciple n'est pas plus grand que son Maître, mais il a reçu de lui la Parole et l'Esprit. C'est aussi ce que nous enseigne notre baptême. Amen