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Prédication
du dimanche 12 juin 2005 au Centre Œcuménique par le
pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 100
- Ex. 19, 1-9 - Rom 5, 6-11 - Matt. 9, 35-10,8
L'évangile selon Matthieu est probablement celui qui s'adresse
le plus directement aux populations israélites du premier
siècle. En Galilée particulièrement, les
influences des peuples voisins, font que malgré l'enseignement
de la synagogue, les croyances païennes y sont fortement
ancrées dans l'esprit des gens. Le rappel des si nombreuses
délivrances de l'emprise démoniaque pratiquées par
Jésus et ses disciples, évoque indéniablement ce
contexte de l'époque. A ces circonstances, s'y ajoute la
misère provoquée par l'occupation et la répression
des armées romaines particulièrement cruelle, dès
qu'une résistance locale se faisait sentir.
Nous ne comprendrons jamais assez les conditions d'assujettissement et
d'asservissement que subissaient les Galiléens, en ce temps
là. C'est, ne l'oublions pas, dans ce milieu et cette ambiance
que Jésus a grandi.
Il se sent avant tout, et le passage d'aujourd'hui en témoigne,
enfant d'Israël, solidaire de ses compatriotes. Parvenu à
l'âge adulte, mais l'idée trotte dans sa tête depuis
ses douze ans révolus et sa "bar-mitsva", il décide
d'intervenir au milieu de ses contemporains qu'il voit errer comme "des
moutons sans berger", en proie donc à tous les dangers.
Jésus connais aussi toutes les autres tentations
extrémistes de l'époque : ou bien se réfugier dans
une communauté monastique au désert comme les
esséniens, ou bien prendre résolument le maquis comme le
faisaient les zélotes. Sa résolution est tout autre.
Baptisé par Jean l'immergeur sur les rives du Jourdain,
Jésus se trouve devant l'immensité d'une tâche
complexe et périlleuse. Il lui faut en tout premier lieu,
libérer de leurs esclavages intérieurs les plus
dépendants de ses contemporains. Il entreprend à la fois
une libération physique, mystique et psychologique d'un grand
nombre d'entre eux, afin qu'ils se remettent sur pied et se mettent en
route comme dans sa vision du Mont des Béatitudes (Ch. 5).
Beaucoup trop de Galiléens se sont laissé prendre au
piège des aliénantes croyances païennes et n'ont pas
la confiance suffisante en Dieu. Ils sont accablés et
fatigués malgré l'enseignement des scribes et des
pharisiens qui s'ajoute à leur déjà trop lourd
fardeau.
Jésus leur annonce la bonne nouvelle du Royaume de Dieu qui
s'est approché.
Cette libération là n'est pas des moindres. Primordiale
même, elle nécessite grande énergie et
persévérance. La tâche est immense. Jésus la
compare finalement à ce qu'il connaît fort bien depuis son
enfance, en cette région : Une récolte
généreuse et abondante dont on ne peut venir à
bout, à temps, faute d'ouvriers dans la moisson. Si la main
d'œuvre se fait rare ces temps-ci, et depuis longtemps, c'est que
certains ont rejoint le camp des révoltés et que beaucoup
d'autres ont été arrêtés, exilés ou
exécutés par les cohortes romaines.
Même secondé par ses disciples, Jésus mesure
l'immensité de la tâche à accomplir. Il en mesure
le risque aussi, mais exhorte ses disciples à une confiance
encore plus intense, dans le Maître de la moisson, en le priant
ardemment d'envoyer des ouvriers pour la récolte. La situation
est si préoccupante que le ciel et la terre sont invités
à unir leurs efforts, l'un pour le salut de tous, l'autre pour
des sauvetages en nombre.
Depuis ce temps là, nous sommes toujours dans la même
urgence. La situation est tout aussi pressante. L'exhortation de
Jésus se fait également ardente à notre
égard. Nous ne devons cesser de prier le Maître de la
moisson d'envoyer des ouvriers pour la récolte !
Au passage, relevons ce qui pourrait bien apparaître comme une
pointe d'humour. En fait, comme dans l'ordre parfait des choses,
immédiatement après l'exhortation à la
prière, ce sont les douze disciples eux-mêmes qui se
trouvent nommément impliqués dans cette rude tâche.
De disciples qu'ils étaient jusqu'à présent, les
voici désormais promus à la mission inachevée.
Du simple rôle d'observateurs dont il pouvaient se
satisfaire, les voici propulsés dans la tourmente de l'action et
de l'annonce.
En somme, "tel est pris qui voulait prendre" !
Les voici pris comme serviteurs plus qu'ordinaires, sinon comme
serviteurs inutiles.
L'humilité est de règle devant cette noble, urgente et
immense tâche.
Une fois encore nous constatons que la prière est non seulement
un acte de confiance en Dieu, mais une écoute de sa Parole et
une urgente disponibilité. Si nos prières ne trouvent que
peu d'écho auprès du Seigneur, c'est peut-être que
nous avons oublié de nous rendre disponibles. Nous nous sommes
pris pour des donneurs d'ordre, au lieu de nous mettre en service.
A cette disponibilité fondamentale il y a une raison
première. Jésus l'évoque de cette façon :
" Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement, " dit-il
à ses disciples qui auraient pu se croire tout à coup
investis d'une extraordinaire honorabilité comptable. Or avec
les premiers disciples nous entrons dans une nouvelle économie
de la gratuité qui est celle dont nous expérimentons
quelques bribes par le don de la vie et de l'amour.
A la façon de l'apôtre Paul, on pourrait écrire :
beaucoup de choses passeront mais ces deux choses là demeurent
à toujours, le don de la vie et le don de l'amour.
Il y a vingt siècles en Galilée, comme aujourd'hui dans
notre environnement et notre entourage, c'est de cette
vérité là dont nous vivons et témoignons.
Il n'y en a pas de plus importante.
Jésus, le fils de Dieu nous a montré la voie à
suivre. Dès que nous avons réalisé et
assimilé ce que sa vie, sa mort et sa résurrection
signifient pour nous-même, comme les premiers disciples, nous
sommes envoyés auprès de nos contemporains pour susciter
un regard d'espérance. Ce que nous avons reçu comme un
don, nous voulons le donner pareillement.
Il y a vingt siècles, Jésus choisissait nommément
douze disciples pour entrer avec lui, dans la moisson de
Galilée. Aujourd'hui il nous a choisis pour entrer avec lui,
dans l'espace de St Quentin en Yvelines afin de donner l'Evangile,
donner espérance, vie et amour, comme nous les avons
reçus. Amen