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Prédication du 22 mai 2005 au Centre Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 148       -          Exode 34, 1-9        -            Jean 3, 1-21

Entrer dans l'évangile de Jean est une tâche très complexe et comporte bien des risques. Ce n'est pas de la manière dont on nous y promène ces temps-ci, de Pâques à la Trinité, d'un dimanche à l'autre, d'un chapitre à l'autre en commençant par la fin, qui peut nous en faciliter la compréhension. Si j'ai choisi de vous lire également ce qui précède les versets que l'on nous donnait pour ce matin (1-21 au lieu de 16-21), c'est que l'auteur de cet évangile en a fait un ensemble. D'autant plus que cette unité se rattache clairement au prologue de l'évangile lui-même, qu'il vaut mieux garder à l'esprit si l'on ne veut pas faire d'erreur d'interprétation.

A la suite du prologue précisément, avec la visite nocturne d'un Maître en Israël, Nicodème, qui se cache de ses compatriotes et compères du Sanhédrin, nous entrons dans une illustration vivante de l'irruption de la Parole qui est Dieu, Vie et Lumière des hommes. C'est bien ce que Nicodème a cru discerner, en ce précipitant auprès de Rabbi Jéshoua, cette nuit là.
Hélas ! c'est vrai aussi, sa démarche est maladroite et en dépit du bon sens. Il aurait pu questionner Jésus en public et en plein jour. Toutefois, au lieu de lui reprocher sa visite inopinée, quasi inconvenante, Jésus argumente à partir de cette maladresse révélatrice de notre humanité enténébrée. Nicodème et les siens, le Sanhédrin et tout le peuple, Israël et tout le monde, sont dans les ténèbres. Il sont dans la pénombre. Nous sommes dans la nuit. Comme avant une naissance, même maladroitement, les hommes cherchent la vie; Nicodème aussi.

Dans cette démarche maladroite, Jésus y voit l'attitude significative d'une humanité prisonnière qui se complaît dans l'opacité afin qu'on ne discerne pas ses agissements. C'est comme si elle refusait de naître à la Vie et à la Lumière, préférant agir égoïstement dans un monde où le mal est roi, dans un monde où la fin justifie les moyens, dans un monde où il n'y a plus de conscience critique, dans un monde où la vérité est camouflée, contrefaite ou éclipsée.

Curieusement l'évangile de Jean ne commence pas vraiment par une bonne nouvelle, mais plutôt par un constat réaliste et pessimiste sur l'humanité en péril, victime de son propre choix. Alors qu'elle fut créée par celui qui est Vie et Lumière, personne, pas même les plus proches, n'a voulu accueillir cette force vitale née de l'Esprit du créateur et de sa Parole. La sentence est déjà affirmée dans le prologue : " La Parole est venue dans son peuple, mais les gens de son peuple ne l'ont pas reçue…" (Jean 1, 11) . Nicodème serait-il l'exception ? Lui , Maître connu en Israël, aurait-il finalement perçu un rayon lumineux si fort qu'il se soit mis  décidément en chemin, en pleine nuit ?

C'est vrai, avec cette mise en perspective, l'évangile de Jean place le Fils, Parole de Dieu venue dans le monde, en situation vivante et réelle. Nicodème se déplaçant dans la nuit ne fait que mettre un peu de relief à cette réalité flagrante et fragile. Le Maître de la Loi n'avait probablement pas conscience d'être à ce moment là, comme un exemple universel de notre humanité. Cependant, si nous voulons bien comprendre cet évangile, c'est dans cette perspective là qu'il convient de l'aborder.
Ainsi, entrer dans l'Evangile, selon Jean , c'est accepter d'être mis au monde nouveau, celui de l'Esprit, et non plus de l'humanité primaire, pour ne pas dire primate, que nous devons quitter. Nicodème, dans sa nuit d'angoisse ne s'attendait pas à cette découverte. Sans doute eut-il quelque peine à s'y retrouver, mais il n'est que l'un de nos prédécesseurs.

Il est vrai également que le message fondamental que Jésus désire transmettre à Nicodème et à son entourage du Sanhédrin, c'est dans quel Esprit cette création nouvelle et cette nouvelle naissance se font. Le créateur s'est tellement impliqué dans sa création que Jésus s'écrie : " Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a envoyé son Fils unique…" C'est véritablement une longue histoire, une très longue histoire d'amour entre Dieu créateur, Fils sauveur et les hommes pêcheurs ! La chance nouvelle offerte à notre humanité, c'est de naître à cet Esprit là, c'est à dire de l'accepter et de le recevoir comme dans un baptême ou la confirmation de ce baptême, comme nous l'avons pratiqué dimanche dernier.

Et voilà ! Je suis retombé sur mes pieds, puisque dans l'année liturgique chrétienne, ce dimanche-ci, est le dimanche où l'on célèbre la trinité : Dieu qui se manifeste à nous comme Père, en Jésus son Fils et par le Saint Esprit.

Depuis cette entrevue nocturne entre Jésus et Nicodème, l'Evangile annoncé a pris forme, notamment par la présence, l'action et la mort-résurrection de Jésus que nous allons célébrer dans la sainte Cène, dans un instant.
C'est lui, la Parole qui était Dieu et par qui tout fut fait et sans laquelle rien ne put exister, pas même cette nouvelle naissance de l'homme.

Aujourd'hui, si nous en prenons conscience c'est encore une grâce de l'Esprit d'Amour qui s'est manifesté en la Parole de Dieu, qui est le Christ vivant.
Aujourd'hui, si nous en prenons conscience, il nous faut vivre intensément de cet Esprit d'Amour et de Vie qui est la Lumière des hommes, selon les termes du prologue. Vous avez bien entendu :" La Lumière des hommes…"
Aujourd'hui, si nous en prenons conscience, même un peu déboussolé comme Nicodème, nous pouvons prier le Père d'envoyer l'Esprit d'Amour se révéler à quiconque.
Sinon c'est vrai, en dehors de cet Esprit, il n'y aurait pas de naissance nouvelle dans le Royaume de Dieu et ceci est impensable ! Amen.