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Prédication du dimanche 15 mai 2005, Pentecôte, au CAP St Jacques par le pasteur Daniel Chaillou
Textes :         Actes 2, 1-13             -                   Jean 20, 19-23

De la Pâque à la Pentecôte ! Deux fêtes qui à l'époque de Jésus rassemblaient beaucoup de monde à Jérusalem. On y venait des quatre coins de l'horizon. Israélites et prosélytes pratiquants se pressaient autour du temple pour les célébrations religieuses.
A chacune de ces fêtes, une semaine durant, on y rappelait des temps forts dans l'histoire et la vie du peuple hébreu.
 A Pâque la première de ces fêtes, faut-il le rappeler, on y commémorait la sortie d'Egypte sous la conduite de Moïse, et la libération du peuple échappant enfin au joug pharaonique.
A Pentecôte, la fête des sept semaines après Pâques, on y célébrait le don des commandements de Dieu donnés à Moïse sur le mont Sinaï.

Il en est toujours ainsi dans l'histoire des hommes, après un acte fondateur et libérateur, encore faut-il se donner une raison de vie commune, une orientation majeure et une vision d'avenir possible. C'est toute l'histoire du peuple d'Israël de ses origines jusqu'à aujourd'hui.

De Pâques à Pentecôte selon les récits du Nouveau Testament, c'est aussi cela mais c'est en même temps plus que cela. C'est comme si la vision prophétique en était l'acte fondateur et libérateur. Tout au long des siècles, les prophètes en Israël n'ont cessé d'annoncer ce temps nouveau, ce temps messianique, cette transformation profonde qui concernerait la personne humaine elle-même, en profondeur et dans son intégrité.
Tous, à un moment ou un autre de leur message ou de leurs écrits, ont été éblouis, fascinés et enthousiasmés par cet avènement à venir dans l'histoire des hommes. C'était comme si tout à coup se levait un coin du voile céleste pour laisser transparaître un peu de la réalité du monde de Dieu.

Abordons maintenant les passages que nous avons lus ce matin.
Au soir du jour de la résurrection du Christ Jésus, les disciples enfermés dans leur maison verrouillée et leur angoisse profonde, sont tout à coup eux-mêmes éveillés à la joie et l'apaisement retrouvés en voyant Jésus en personne leur parler et se montrer tel qu'il est.
Que se passe-t-il donc ? Que leur arrive-t-il alors ?
L'événement est de taille ! Le Maître ressuscité les remet en confiance avec eux-mêmes, d'une étonnante façon. En soufflant sur eux et en leur transmettant l'Esprit Saint, ils les investit d'un charisme aussi étrange que risqué : Accorder ou non, le pardon des péchés à quelqu'un ! Stupéfiante responsabilité, non ? Ne vont-ils pas se croire doté d'un pouvoir divin ? Leur orgueil naturel ne va-t-il pas prendre le dessus ? N'est-ce pas la tentation de tous les abus ?

Pour aborder cet aspect d'une mission aussi belle que périlleuse, il convient de discerner deux éléments importants.
Premièrement, il est vrai que dès lors les disciples reçoivent en partage cette tâche de faire advenir le pardon des péchés au milieu des hommes. C'est en vue de cette mission que Jésus les a choisis autrefois, en les invitant à le suivre et, désormais, à partir pour en témoigner. Selon l'évangile de Jean, il semble bien que ce soit une tâche essentielle du service, autrement dit du sacerdoce.
La mission est difficile et sans doute au dessus des compétences humaines, car la tentation risquerait de laisser faire entre le pardon à bon marché et le refus arbitraire.
Toutefois, en deuxième lieu, il nous faut bien convenir qu'il s'agit là d'un élément primordial de la prière que Jésus a transmise à ses amis disciples et à nous aussi. C'est une phrase que nous disons par cœur,  parfois sans trop y penser ou parfois en évitant de trop s'y impliquer :
" Pardonne-nous nos offenses…" jusque là, ça nous convient …  "comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés…" ça, c'est une autre histoire… et pourtant nous le dirons ensemble tout à l'heure !
Avons-nous jamais réalisé que c'était l'essentiel de notre confiance en Jésus-Christ ? Sommes-nous prêts à entrer sans réserve dans une économie du pardon ?
N'est-ce pas le message premier de cet évangile de Jean : " Dieu a tant aimé le monde qu'il a envoyé son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. " (Jean 3, 16). Sommes-nous décidé à entrer dans ce plan de Dieu ? Notre humanité naturelle, égocentrique et égoïste y répugne. Mais les disciples furent rassurés et remplis de joie en découvrant leur véritable mission. S'ils en deviennent capables, c'est parce qu'ils reçoivent le souffle de l'Esprit que Jésus leur transmet.

Selon les récits bibliques, à Pentecôte, sept semaines plus tard donc, un événement encore plus parfait a lieu au milieu d'une immense foule à Jérusalem, la "ville de la Paix", si c'est ainsi qu'elle s'appelle ! C'est qu'elle le sera un de ces prochains jours !  En tout cas, ce jour de Pentecôte là, elle a déjà vécu à l'heure de l'Esprit reçu de Dieu. Chacun des apôtres en ayant accueilli sa part,  dans la population, chaque personne, quelque soit son origine linguistique, ethnique, culturelle ou religieuse, se sent respectée dans son humanité et invitée à accueillir, à son tour, cet Esprit là pour en vivre au quotidien. Chacun  est étonné, nous dit le texte, d'entendre ces gens de Galilée parler un langage qui leur fait chaud au cœur. Tout à coup, c'est comme si chacun était directement concerné au plus profond de soi. C'est cela l'Esprit de Dieu. Il vous rejoint au point le plus sensible de votre personnalité, pour vous révéler qui vous êtes selon Dieu et non plus selon les critères des hommes.

Maintenant, vous qui demandez le baptême ou la confirmation de votre baptême, vous êtes dans le secret. Ce n'est plus par vous même a priori que vous réaliserez ce que Dieu souhaite pour vous, mais c'est dans la mesure ou vous vous laisserez gagner par l'Esprit de Pentecôte que Jésus ne manque pas de souffler sur vous en ce jour-ci, et tous les jours de votre vie.
Rassemblés ici en communauté d'Eglise, nous prions pour chacun de vous afin que vous receviez  de Dieu cette force d'amour. Amen