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Prédication
du dimanche 8 mai au Centre Œcuménique par le pasteur
Daniel Chaillou
Textes : Ps.
27 - Act. 1,
12-14
- 1 P. 4,
12-19
- Jean 17, 1-11
Chers amis, trois jours après l'Ascension, aujourd'hui, et
depuis quelques dimanches déjà, on nous fait
réfléchir autour d'un élément essentiel :
Qu'est- ce que la foi en Jésus-Christ ?
Parmi les récits entendus ce matin, nous avons à la fois
un extrait de la prière de Jésus avant son arrestation
crucifixion, et le récit de l'Ascension. Dans la foi
chrétienne, ces événements ne sont pas les plus
faciles à comprendre ni à admettre ni à
intégrer. Ils sont encore moins faciles à expliquer ou
à interpréter. A en croire l'évangile de Jean, la
prière de Jésus et le long entretien avec ses disciples,
une évidente difficulté s'impose dès l'origine, ce
dont cet évangile a voulu rendre compte.
C'est une étonnante
prière en effet :
Nous n'avons pas lu la partie de cette prière où tout en
parlant à son Père, Jésus enseigne ses disciples
qui sont auprès de lui. Elle est révélatrice de la
situation tout à fait exceptionnelle des disciples qui seront
bientôt privés de leur guide : Rabbi Jeshoua s'en va
auprès du Père.
Sa tâche révélatrice est accomplie ! Mais, il
s'agit cependant d'un commencement.
Désormais c'est aux disciples de reprendre le flambeau ! Mais,
ils ne sont pas seuls devant l'immensité de la tâche.
Jésus établit un lien fort entre lui et son Père,
entre lui et ses amis disciples présents pour recueillir ses
paroles ! Mais aussi, entre lui et tous ceux qui se lèveront
attirés par la même force.
Etonnante prière en vérité où se
révèle cette unité indéfectible entre
Jésus et son Père ainsi qu'entre Jésus et ceux qui
lui ont été confiés. Ne serions-nous pas
concernés au premier chef ?
Certes, nous connaissons l'évangile selon Jean et nous en savons
la densité particulière. En premier lieu, il convient
d'avoir constamment à l'esprit, la clé de cet
évangile qui nous a été donnée dans le
prologue, sinon nous risquons des extravagances de lecture et
d'interprétation. ( lire jean 1, 1-5 )
Notre monde s'est trop éloigné de la seule source
lumineuse nécessaire et indispensable à sa vie. Comme
dans l'expérience physique du monde, tout éloignement
d'une source lumineuse entraîne vers une nuit de plus en plus
sombre et dangereuse. Selon les termes mêmes de cet
évangile, le "logos", autrement dit la Parole fondamentale qui
est la vie des hommes s'est approchée d'eux pour les
éclairer sur leurs chemins enténébrés de
retombées opaques. Malheureusement leurs voies extrêmement
poussiéreuses et leurs yeux défaillants ne leur
permettent pas d'accueillir encore cette lumière et cette vie
qui existait pourtant dès avant la fondation du monde.
Cependant, le prologue l'affirme : "La Parole était la vraie
Lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme." (1,
9).
Une autre particularité de cet évangile, tient au fait
qu'il a été écrit à la fin du premier
siècle de l'ère chrétienne et que donc, en toile
de fond, il y a une réelle inquiétude dans les
communautés chrétiennes de cette époque. La
génération des apôtres a pratiquement disparue et
le poids d'un pouvoir politique répressif se fait de plus en
plus cruellement et fréquemment sentir. L'évangile de
Jean se fait donc l'écho des paroles de réconfort et de
vie, que Jésus a prononcées en d'autres circonstances
tout aussi tragiques.
En ce monde perpétuellement enténébré, une
grâce particulière a été donnée
à une pognée de témoins, amis, qui ont
perçu cette Parole fondamentale et aperçu cette
Lumière qui est Vie pour les hommes.
Si cet évangile revêt une force particulière,
c'est probablement à cause de quelques singularités :
La première c'est qu'une Parole de Vie et de Lumière
s'est révélée aux hommes.
La deuxième c'est que cette révélation s'accomplit
tout particulièrement aux moments les plus sombres de
l'expérience humaine.
La troisième singularité réside dans cette
prière qui est transmission de la force et de l'illumination
issue de celui qui est lui-même, Parole, Vie et Lumière
venue dans le monde. Elle est révélation de
l'unité profonde et indéfectible entre le Père et
son Fils comme entre Jésus et ses amis de tous les temps.
Il est vrai que l'histoire des hommes nous habitue aux plus
invraisemblables de leurs extravagances et celle de leurs testaments
n'est sans doute pas des moindres. A vues humaines, nous pourrions
penser que c'est le cas : le maître quitte ses disciples, il leur
laisse ses directives en leur indiquant la suite à donner.
En fait, il s'agit de tout autre chose. Dans sa prière,
Jésus intercède auprès de son Père pour ses
amis afin qu'ils aient conscience de l'unité profonde qui les
lient entre eux, à lui et à son Père. Il n'y a pas
de discontinuité. Lui qui est la Parole, la vie et la
lumière des hommes, devient désormais présent au
travers même de tous ceux qui ont accueilli, accueillent ou
accueilleront cette illumination : C'est le commencement d'une vie
préparée dès avant la fondation du monde.
La prière de Jésus concerne ses disciples, amis, qui
restent dans le monde sans être englobés ni englués
dans ce monde. En effet c'est bien là que tout se passe. Il
n'est pas pensable d'y échapper. C'est bien de notre condition
humaine dont il s'agit. Il serait aberrant et dangereux de vouloir s'y
soustraire. La tâche qui nous est dévolue se trouve
là, devant nous, en ce monde-ci. Cependant,
éclairés par la Lumière en laquelle nous avons
foi, non seulement nous la percevons, mais elle nous éclaire sur
notre chemin. Dans ce monde enténébré de toutes
sortes de fardeaux si lourds, nous sommes cependant en route vers le
salut universel de notre humanité ressuscitée. Telle est
la vérité évangélique.
C"est comme une étonnante force
:
Remarquons en effet que Jésus fait, dans cette prière,
référence à la Parole première, au "logos"
qui est Parole de Dieu, même s'il fait également allusion
à ses propres paroles qu'il a aussi reçues du
Père. Pour Jésus, comme pour ses amis disciples, comme
pour la communauté johannique de la fin du premier
siècle, comme pour les chrétiens de tous les temps et
donc pour nous aussi, c'est la Parole originelle qui est source de la
vie nouvelle, c'est à dire de la vie en résurrection.
Certes, jamais nous ne pourrons nous dispenser de méditer, de
commenter et de prêcher la Parole-Vie qui est Lumière pour
les hommes. De façon plus modeste, à la manière de
Jean le Baptiste, nous rendons témoignage à la
Lumière. Nous ne sommes pas par nous-mêmes
générateur de lumière. Au contraire, notre
humanité absorbe ses rayons lumineux trop souvent sans en
réfléchir un seul. Cependant, si nous nous laissons
régénérer par les paroles de Jésus le
Christ-Lumière du monde, alors nous réfléchirons
quelques particules lumineuses en direction de nos frères et
sœurs les hommes.
C'est cela qui a désormais de l'importance dans la vie du monde.
C'est cela qui est la gloire du Christ aussi bien que celle du
Père.
Derrière le mot gloire, en hébreu il y a un mot "kabod"
qui signifie l'importance, le poids et la prépondérance
des choses, en l'occurrence dans la vie des hommes. Voilà la
raison pour laquelle Jésus prie en premier lieu pour ses amis
les disciples de tous les temps. A nous tous, il revient de
réfléchir les rayons lumineux de cette Parole
première, de cette Parole-Lumière, qui engendre la vie
nouvelle en notre humanité. C'est cette Lumière là
qui doit désormais réchauffer le cœur des hommes et
les reconstruire. Amen.