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Prédication du dimanche 24 avril 2005 au Centre Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou
Textes :  Actes 6, 1-7 - Jean 14, 1-12

Incontestablement, ce dialogue entre Jésus et deux de ses disciples est un récit important, majeur même, dans la rédaction de l'évangile de Jean. En fait c'est la suite immédiate, lors de la Cène après le départ de Judas, où Jésus prévient Pierre qu'au prochain chant du coq, il l'aura déjà renié trois fois. (chapitre précédent).
Non seulement Jésus y donne des indications essentielles à ses disciples et en même temps à nous tous, mais leurs réparties quelque peu audacieuses, nous font réfléchir à ce que doit être la foi au Dieu de Jésus-Christ.

Les questions des trois disciples, Pierre, Thomas et Philippe, tournent autour d'une seule interrogation, d'un seule préoccupation, peut-être de la seule question existentielle : "Où vas-tu ?" interroge Pierre. Thomas poursuit sur la même idée, "Nous ne savons pas où tu vas. Comment en saurions- nous le chemin?". La répartie de Philippe se fait presque ironique "Montre-nous le Père, et cela nous suffit, dit-il à Jésus."

Certes, l'heure est grave pour Jésus et les siens. Cet entretien indique bien la tension et la nervosité de l'instant. Cependant Jésus établit des distances entre ses disciple et lui, entre les événements et le sens, entre maintenant et ensuite, entre sa mort et sa résurrection, entre ce monde et le Règne de son Père. Entre les questions des disciples et l'annonce de l'Evangile. Même entre la proximité du Fils de Dieu et la foi. L'auteur de l'évangile y ajoute même la distance entre les événements fondateurs et le moment où l'on écrit, c'est à dire la fin du premier siècle.
Cet évangile a en effet retenu comme fondateur ce dialogue fait de questions ultimes et existentielles, entre Jésus et les siens. 

Revenons vers les deux disciples évoqués dans le texte du jour, Thomas et Philippe.
Ils m'apparaissent comme les voix de la modernité, comme ceux qui osent poser les vraies questions, celles qui embarrassent, celles qui n'ont pas de réponses toutes faîtes.
Ils sont comme les apôtres des temps modernes, de ceux qui ouvrent intuitivement l'espace de la foi et non de la croyance.
Leurs questions fondamentales et existentielles les poussent à mettre le doigt sur le fondement de la foi : "Quelle direction ? Quel chemin ? Quelle destination ?"

Nous venons de prendre conscience d'une indication essentielle. La foi n'est pas et ne sera jamais un état de fait ni un état statique. Il y a nécessairement une prise de conscience, puis un temps de réaction favorable à la rencontre avec l'initiateur de la foi.

L'obstacle majeur à l'avènement de la foi chez quiconque, nous le savons, c'est la pesanteur naturelle de l'égo-système, de l'égocentrisme pour ne pas dire de l'égoïsme. C'est là qu'il réside le péché fondamental, le péché capital, le péché originel.

Or selon cette page d'Evangile, à mon avis, quoiqu'on puisse penser à son sujet, c'est Thomas qui a pressenti la dynamique de la foi. Intuitivement, il vient de découvrir qu'il s'agit vraisemblablement de suivre un Chemin.

Encore faut-il ne pas se tromper de chemin. Certes, il y a ceux dont la charge est, ou a été, de surveiller la doctrine de la foi. Mais attention à ne pas confondre la foi et la doctrine. J'ai la nette conviction qu'il ne s'agit pas du tout de la même chose.
La foi, nous est donnée en Jésus-Christ. La doctrine naît de l'interprétation  théologique et surtout ecclésiologique.

La réponse de Jésus à Thomas, est de l'ordre de la foi. Il lui dit simplement, "Je suis le chemin, la vérité et la vie." Si je puis me permettre d'en donner une interprétation, c'est comme si Jésus disait à Thomas : "Je t'assure que c'est la seule possibilité pour aller au Père. Et ça, Thomas, tu le sais car tu m'as vu et tu me connais, donc de ce fait, tu as vu et tu connais le Père. De le connaître et de me connaître, c'est dorénavant la même chose. C'est aussi simple que cela. Ne complique pas les choses, aurait pu dire Jésus."
En effet, il ne s'agirait pas que sous quelque ministère que ce soit, la porte soit désormais contrôlée par un code secret.

En quelque sorte, il me plait assez que Thomas, comme Philippe et Pierre, ne sachent pas tout d'avance et qu'ils aient eu la liberté de poser des questions parfois maladroites ou naïves. Jésus, loin de s'en offusqué, a pris le temps de la réponse indicative et non pas doctrinale.

Ce que nous avons appris surtout, c'est que nous sommes en chemin, en Jésus-Christ, et qu'en suivant cette voie nous sommes déjà en mouvement vers le Père, auprès duquel selon Jésus, il y a beaucoup d'endroits pour habiter.

Vous le savez, le sujet des prochains synodes régionaux sera une réflexion sur la vie des Eglises locales. Nous nous sentons tout particulièrement concernés en tant que jeune Eglise Réformée implantée dans ce vaste ensemble urbain dont nous mesurons mal les attentes.
Dans la réflexion que nous menons actuellement, en commission et en Conseil presbytéral, pour présenter ce qui nous paraît fondamental dans notre raison d'être et notre mission, nous devons être vigilants dans nos priorités.

La priorité absolue, pour nous, chrétiens, protestants, réformés, c'est l'annonce de la Parole sous toutes formes. Mais c'est plus qu'une priorité, c'est en même temps une exigence.
En Jésus-Christ, nous sommes sur le bon Chemin, mais ce Chemin est aussi la Vérité. Ceci veut dire que dans cette annonce, nous sommes les premiers concernés, les premiers impliqués. Nous devons nous laisser interpeller par la seule Vérité en Christ, car il est le Chemin et la Vie.
Il serait difficile de trouver mieux pour un projet d'Eglise locale, je crois. Il me semble que nous avançons en situation évangélique si après avoir reconnu en Jésus-Christ la seule Vérité, nous nous mettons en Chemin à sa suite avec nos questions maladroites ou naïves, c'est lui qui nous donne la Vie. Amen.