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Prédication
du dimanche 03 avril 2005 à Plaisir par le pasteur Daniel
Chaillou
Textes : Ps. 118,
15-29 - Act. 2, 42-47 - 1 Pierre 1, 3-9 - Jean 20, 19-31
Ces temps-ci, avec le groupe du Caté-d'Or
nous réfléchissons à partir de la série
d'émissions télévisée d'Arte,
diffusées il y a quelques temps, dont le thème est : "l'Origine du Christianisme", Des
théologiens nous donnent le meilleur de l'exégèse
contemporaine. La recherche théologique a fait d'incomparables
progrès en un siècle, grâce aux avancées
historiques et archéologiques, ainsi qu'à une
liberté d'analyse éclairée. Nous connaissons de
mieux en mieux cette lointaine période de la deuxième
moitié du premier siècle de notre ère, celle
où est né et s'est développé le
christianisme. Evolution du temps, événements
historiques, courants théologiques, témoignages de
générations successives, disparition des disciples
apôtres, tout cela devrait être pris en compte lorsqu'on se
risque à faire quelque commentaire sur les écrits du
Nouveau Testament.
A priori, on pourrait dire qu'il est bien plus
difficile, voire risqué, de faire une prédication
aujourd'hui qu'il y a cent ans. Mais dans un autre sens, c'est de plus
en plus passionnant, car on acquiert des connaissances et on se
familiarise quelque peu avec les premières communautés
chrétiennes. D'ailleurs, celles-ci vivaient selon les lieux et
les périodes, des réalités sans doute bien
différentes les unes des autres, dont on aimerait pouvoir tenir
compte afin d'être aussi juste que possible.
De ce premier constat, nous retiendrons que
l'Evangile loin d'être une affirmation idéologique, se
présente plutôt comme une façon nouvelle
d'être en ce monde. S'il y a une vérité
évangélique unique, elle tient au premier chef à
ceci : Jésus est le seul
Seigneur en ce monde et au-delà. La deuxième
vérité fondamentale c'est que l'Evangile se vit dans le
quotidien de chacun. Le troisième point essentiel réside
dans la transmission. Nous tous, sommes appelés à
être d'uniques témoins entre la Parole du Seigneur et la
réalité du monde. Nous sommes des envoyés porteurs
d'Evangile autour de nous.
Que signifie donc le
récit de l'évangile johannique, qui nous est
proposé aujourd'hui ?
D'une certaine façon, on pourrait dire que
cette page est la plus moderne qui soit. Thomas ne se range pas
spontanément à l'avis des autres apôtres. Il
émet des doutes. Il n'est pas décidé à
donner sa confiance en la résurrection de Jésus, sans
l'avoir lui-même vérifiée. Il préserve sa
liberté d'opinion et d'adhésion. Il ne dit pas qu'il ne
changera pas d'avis, mais il ne souhaite pas être un
témoin de seconde zone. Sans doute a-t-il l'excuse de son
absence lors de la précédente apparition de Jésus
au milieu des autres Apôtres. Sans doute ceux-ci ne se sont
guère privés de lui faire remarquer qu'il y avait
là une incontournable différence. Etre témoin
oculaire ou non, devait en effet constituer à une certaine
période, la différence fondamentale dans
l'autorité du témoignage apostolique. Soit ! Cette
reconnaissance lui sera en effet accordée.
Il est assez vraisemblable que ce récit
constituait à l'origine, la fin de l'évangile de Jean. Ce
qui est malgré tout assez remarquable : Admettre que le doute
fait naturellement partie de notre démarche de foi, n'est pas
une vérité banale. Si c'est une vérité
moderne, alors la modernité a bel et bien commencé avec
l'avènement évangélique. Il me semble que nous
soulignons là une importante démarche qui trouve sa juste
place dans une recherche actuelle de vérité.
L'exégèse actuelle nous est très précieuse
et nous aide grandement. Il est vrai aussi que l'Evangile vaut pour
tous les temps. C'est sa force.
En quelque
façon, serions-nous tous comme Thomas ?
C'est vrai. Il y a, à cela, plusieurs
raisons. La toute première c'est que, comme Thomas, nous sommes
des humains peu disposés à ajouter foi à tout ce
qui se raconte. Nous aimons bien vérifier. La deuxième
raison c'est que nous sommes absolument dans le cas d'un Thomas
frustré de la présence physique de Jésus
ressuscité. Certes, Jésus ressuscité met Thomas au
défi, ce qui entraîne, après des paroles
dubitatives, son adhésion immédiate et son cri de foi : "Mon Seigneur et mon Dieu". C'est en
même temps comme une confession du péché et une
confession de la foi. Thomas reconnaît devant Jésus
ressuscité, son manque de confiance passée tout en
confessant désormais que celui qui se tient là est bien
le Messie en qui il espère.
C'est vrai, nous sommes dans la situation
première de Thomas. Nous devons ajouter foi, faire confiance au
témoignage apostolique et à ce que nous en rapportent les
évangiles. Nous n'avons pas d'autres sources possibles.
Avant d'ajouter foi à ces
témoignages, beaucoup de personnes, et il nous arrive parfois
d'en faire naturellement partie, beaucoup de personnes
préfèrent rester sur leur attitude dubitative et ainsi se
préserver de ce qui leur semble invraisemblable. Oui, nous
ressemblons fort à ce Thomas.
Jésus est bien
le christ !
Si la communauté johannique
s'inquiète en effet de la disparition des apôtres en cette
fin du premier siècle, l'évangéliste les prend
tous à témoins dans cette aventure. Quelle que fut leur
expérience personnelle, leur autorité est
désormais collective, qu'ils s'appellent Pierre, Jacques, Jean
ou Thomas.
Les paroles de Jésus sont claires à
ce sujet. C'est une leçon pour tous les Apôtres, Pierre,
Jacques, Jean, Thomas et les autres, après ce moment fort de
reconnaissance mutuelle entre Thomas et son Maître, Jésus
leur dit : "Parce que tu m'as vu, tu
as cru. Heureux ceux qui sans avoir vu, ont cru."
Ainsi, cet évangile se termine-t-il par ces
paroles de bénédiction de Jésus sur tous ceux qui
dorénavant ajoutent foi au témoignage apostolique,
siècle après siècle.
Il est vrai qu'il ne nous a pas laissés
dans le désarroi de nos perplexités. En effet, ses
paroles de paix et son souffle de l'Esprit nous envoient
également pour, à notre tour, lui rendre
témoignage et exercer une vigilance toute particulière :
discerner dans notre monde de misères multiples, des lieux de
miséricorde et de pardon possibles.
Reconnaissons-le, cette bénédiction
de Jésus, nous accompagne jour après jour. Nous ne sommes
pas abandonnés à notre propre jugement de toute
façon faillible. Comme Thomas, il nous a été
donné de rencontrer dans notre propre expérience,
Jésus ressuscité. C'est bien lui que nous avons reconnu.
Ses Paroles nous sont allées droit au cœur, comme si nous
les attendions depuis toujours. Comme Thomas, nous n'avons su que dire "Mon Seigneur et mon Dieu ! " Son
Esprit nous a permis d'ajouter foi et d'avoir confiance en lui et en sa
Parole. Thomas peut nous apparaître en quelque sorte comme
l'apôtre de la modernité, alors il ne serait pas juste de
douter de notre époque, Au contraire elle a sa part dans la
recherche de la Vérité. Je crois vraiment qu'aujourd'hui,
Jésus nous dit également : " Heureux êtes-vous, vous qui avez cru
sans avoir vu car la Paix de Dieu est sur vous. "
Amen.