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Prédication
du dimanche 27 mars 2005, PÂQUES, au Centre
Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou.
Textes : PS. 118, 1-20
- Act. 10, 34-43 - Luc 23,50-24,12
Pâques
résurrection, vie retrouvée !
Pâques
résurrection, se remettre sur pied !
Pâques
résurrection, surprise, étonnement !
Dans nos fêtes de l'année liturgique,
Pâques et la Résurrection reviennent tous les ans avec le
retour du printemps. C'est comme si dans ce domaine aussi, nous avions
besoin des quatre saisons. On ne sait pas bien à quelle date eut
lieu la fête de la Pâque juive au cours de laquelle survint
la crucifixion de Jésus. On ne sait même pas exactement
quelle année se produisit cet événement, sous le
règne de Tibère, empereur de Rome. Il est donc bien
difficile de fixer quoi que ce soit en ce domaine, même si l'on
sait que la Pâque juive a toujours lieu après le 14 Nisan,
mois lunaire de l'année hébraïque. En fait, la
superposition des années solaires et des années lunaires
sur deux mille ans, rend bien improbable toute vérification.
Ce qui nous importe aujourd'hui, en ce jour de
Pâques 2005, c'est de nous laisser porter par le
témoignage des amis de Jésus. Nous sommes très
sensibles à leur spontanéité, leur surprise et
leur étonnement. Malgré tous les signes et les paroles
que le Maître leur a donnés à voir et à
entendre, ils sont admirables d'humanité et
d'incrédulité. C'est peu dire qu'ils nous ressemblent.
Ils sont comme notre reflet. Mais contrairement à ce que l'on
pourrait imaginer, ce n'est pas aussi négatif qu'il n'y
paraît.
Pensez, la nouvelle est de taille ! Jésus,
le Maître dont on vient embaumer la dépouille aurait
été réveillé de la mort ce matin là
après ce temps de la Pâque ?
Nous ne saurions parler de la joie de
Pâques, sans aborder en premier lieu la résurrection de
Jésus lui-même. Tout ce qui a été dit
auparavant, annoncé, médité,
prophétisé au travers de visions, ne trouve sens que par
la résurrection de Jésus. Sinon, il ne s'agit que
d'extravagances, de poésies surréalistes et de
prophéties irréalistes.
Dans le premier testament, c'est probablement le
prophète Ezéchiel qui en parle le plus
expressément dans la vision des ossements
desséchés qui reprennent vie sous l'action du souffle de
Dieu et de la parole du prophète. C'est déjà
indiquer la clé de ce qui reste mystère pour les croyants
et bien mystérieux pour les non croyants.
A l'époque de Jésus, l'influence des
croyances et cultures avoisinantes conduit certains à croire en
une résurrection, surtout parmi les pharisiens, et d'autres
à ne pas y croire, en particulier parmi les sadducéens.
Jésus, lui, croit à sa propre
résurrection. Il l'annonce. Bien plus, il affirme à
Marthe sœur de Lazare : "Je suis la résurrection et la
vie, et celui qui croit en moi vivra même s'il meurt". Là
aussi nous avons une indication sur la compréhension nouvelle de
ce que doit être notre résurrection. Il ne s'agit plus de
se focaliser sur notre survie ou notre immortalité, mais sur la
force de toute vie et de toute notre vie.
C'est une surprise et pas des moindres, car il y a
invitation à déplacer notre regard de nos
préoccupations égocentriques vers celui qui est et qui
donne la vie. Bien sûr, c'est une invitation à la foi,
à la confiance.
Souvenons-nous, au début du XVIème
siècle, ce fut une grande révélation pour Martin
Luther, de se voir ainsi libéré de toutes ses
gesticulations pieuses, de ses moineries, et de son angoisse
existentielle. De fait, il en retrouva la raison de vivre,
d'espérer et d'annoncer l'heureuse nouvelle à ses
contemporains tout aussi angoissés qu'il avait pu l'être
lui-même. De là nous pouvons en conclure que c'est une
bonne nouvelle à partager.
Il est bien vrai, qu'en situation
évangélique une bonne nouvelle n'arrive jamais seule. La
sérénité personnelle retrouvée, c'est une
raison évidente de se tourner vers autrui pour l'aider à
trouver son chemin particulier, jamais semblable à aucun autre.
Le plus surprenant en tout cela est de constater qu'il y a une
rencontre particulière pour chacun. La révélation
de Jésus ressuscité qu'expérimente Marie de
Magdala ne ressemble en rien à celle de Jean, ni à celle
de Pierre et encore moins à celle de Thomas. Chacun, pourtant,
pourra témoigner de sa propre foi en la résurrection du
même Seigneur Jésus.
Tout à coup, des paroles étranges
que Jésus a prononcées lui-même bien avant cette
étape paradoxale, prennent un sens réel et non plus
énigmatique comme précédemment. En effet nous
comprenons mieux ce qu'il a voulu évoquer, lorsqu'il annonce
à ses disciples sa résurrection ou celle de son ami
Lazare. La condition mortelle de tout être humain perd de son
intérêt absolu, fatal ou définitif. La mort de
Lazare qui n'est qu'une anticipation de la sienne propre, va servir la
gloire de Dieu puisque le moindre souffle de Dieu et une seule Parole
suffisent à redonner vie à quiconque en ce monde. Tout
ceci est vécu. Tout ceci est signe en notre humanité.
N'allons pas prétendre que nous n'avons
jamais rien vu de semblable. Il y a toujours quelque signe de
résurrection autour de nous. C'est tellement vrai que
Jésus qui a grandi en pleine campagne, trouve les meilleurs
signes de sa résurrection dans le grain de blé qui, s'il
ne meurt reste seul et finit par s'évanouir en poussière.
Au contraire s'il tombe en terre, certes il disparaît en tant que
graine mais devient plante qui porte fruit. Qui d'entre-nous n'a jamais
observé pareille miracle de la vie botanique ? Logique
biologique me direz-vous ? Bien sûr, mais pourquoi inventer des
miracles là où il n'y a que logique théologique.
Par la foi en celui qui est la vie, nous entrons
déjà en vie de résurrection. Tous les petits
signes de craquellements dont nous avons été les
témoins sont autant d'annonces de cette vie de
résurrection qui pousse en notre monde, même quand nous
dormons, dirait Jésus, autrement dit, même quand il fait
nuit. Il nous faut surtout prier pour que le maître de la vie
nous guérisse de notre cécité.
Dans l'Ecriture tout a été dit,
évoqué, montré, prophétisé,
annoncé et vécu. Selon les paroles d'Abraham dans la
parabole du riche et du pauvre Lazare, nous avons "Moïse et les
prophètes", et désormais un nouveau testament en plus. Ce
n'est pas parce qu'on nous donnerait plus d'explications sur l'ultra
biologique que nous aurions foi en Dieu et la vie de
résurrection.
Mais puisque nous avons pris ce chemin là,
nous devenons comme le reflet de cette vie qui croît autour de
nous. A notre tour, il nous faut devenir surprise pour ceux qui nous
entourent. Notre manière d'être et de vivre doit devenir
signe pour autrui afin qu'il s'étonne et puisse à son
tour emprunter un de ces chemins bordés d'éléments
annonciateurs de vie nouvelle. Chaque fois que nous optons pour cette
manière d'être, l'Evangile est annoncé aux plus
démunis. La mort n'est plus la mort. Même s'il fait sombre
et froid, la vie de résurrection est là, en terre, qui
germe et prépare grande moisson nouvelle. "Ne dites-vous pas vous-mêmes: Encore
quatre mois et viendra la moisson? Mais moi je vous dis: levez les yeux
et regardez; déjà les champs sont blancs pour la moisson !
" Dit Jésus (Jean 4:35)