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Prédication du dimanche 13 mars
2005 au Centre Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 130 - Ez.
37, 1-14 - Rom. 8, 1-11 - Jean 11, 1-45
L'Evangile est-il une utopie inaccessible aux
êtres humains ?
Comment se fait-il que nos sociétés
s'éloignent de la connaissance biblique, sans parler de la
pratique religieuse ?
Est-ce la faute des témoins que nous
voudrions être ?
L'Evangile comme utopie
inaccessible ?
On peut raisonnablement parler de l'Evangile comme
d'une utopie, dans le sens où il concerne notre humanité
défaillante. Il est clair qu'aucun être humain ne pourrait
prétendre avoir parfaitement vécu en harmonie avec les
deux grands commandements donnés par Jésus : "Tu aimeras
le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta pensée
et de toute ta force, et ton prochain comme toi-même.."
Même s'il n'y a pas plus grand et pas mieux, force est de
constater qu'ils sont au-dessus de nos forces. Tout homme se trouve
ainsi pris en flagrant délit. Toute personne est incapable par
elle-même de réaliser sans défaillance aucune,
l'exigence évangélique. Comme le soulignerait
l'apôtre Paul, cette exigence là ne peut que
révéler de façon catégorique nos
inconséquences quotidiennes et nous rendre ainsi coupables en
face-à-face avec notre conscience et avec Dieu. Faillibles et
défaillants sommes nous. Tout homme raisonnable en conviendra,
sans même parler d'implication religieuse. En âme et
conscience chacun sait, religieux ou non, chrétien ou non, qu'il
ne peut vraiment prétendre aimer autrui, ni soi-même et
encore moins le Seigneur Dieu. L'apôtre Paul écrit
lui-même : " le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que
je ne veux pas, je le fais." Rom. 7, 19. Tout croyant se trouve ainsi
plongé dans une tragédie intérieure, depuis
longtemps repérée par les auteurs anciens et mise en
scène dans certains textes du premier testament. La
misère humaine est doublement grande à la fois par l'agir
défaillant et par la conscience. Comme se serait exclamé
le prophète Esaïe : " Malheur à moi. Je suis perdu
!" Es. 6,5. En effet si l'on s'en tenait à cet aspect des
choses, nous serions parfaitement en droit de désespérer.
Notre humanité est réellement désespérante.
Dans l'épître aux Romains nous avons
précisément lu : " Sous l'empire de la chair on ne peut
plaire à Dieu." Rom. 8, 8.
Mais sommes-nous vraiment sur le bon registre ? Un
certain Martin LUTHER a suffisamment erré et souffert dans sa
jeunesse, pour que nous n'empruntions pas cette même impasse.
Vouloir accomplir par ses propres forces les commandements de Dieu en
espérant se tirer d'affaire revient à se condamner
soi-même. Nous ne serions même plus dans l'utopie, mais
dans une néfaste illusion. Ce n'est pas le chemin que
Jésus nous a indiqué. Mieux vaut écouter la suite
de ce qu'écrit l'apôtre : "Or vous, vous n'êtes pas
sous l'empire de la chair, mais de l'Esprit puisque l'Esprit de Dieu
habite en vous…" Rom. 8, 9. Que s'est-il donc passé pour
affirmer un tel constat ? Un tel revirement ? Aurions-nous
changé de nature ? L'apôtre nous met en garde contre
d'autres formes d'illusion tout aussi dangereuses. Vraiment si rien
n'est plus dramatique et sans rémission comme auparavant c'est
que Dieu habite en nous. Son Esprit réside désormais dans
le temple de notre cœur et change complètement notre
façon de voir et d'analyser notre contexte quotidien. Ceci ne
veut pas dire que les commandements soient sans importance ou sans
valeur, mais ils nous deviennent accessibles parce que l'Esprit de Dieu
nous transforme intérieurement et nous persuade que cette
nouvelle approche de la vie au quotidien est disponible à tous,
pourvu que les uns et les autres y ajoutent foi, qu'ils se laissent
envahir par cet Esprit de confiance et d'amour.
Pourquoi donc, nos
sociétés s'éloignent-elles sans cesse du lieu de
leur salut ?
Sans doute la fracture est-elle profonde. Il me
semble cependant que plus encore que nos ancêtres, nos enfants
auront besoin de réapprendre le chemin qui conduit auprès
de la source de vérité. La connaissance des textes
bibliques est fondamentale pour découvrir notre rupture avec
Dieu en même temps que notre dimension spirituelle personnelle.
C'est là que nous mesurons l'attente de Dieu à notre
égard. Nous y découvrons sa patience et sa passion. Rien
de ce qui est humain ne lui échappe. Sa confiance en chacun est
absolument déroutante. Elle est infiniment plus grande et plus
persévérante que celle des meilleurs parents envers les
pires enfants. Oui, comment se fait-il que la trop grande
majorité des humains ignore encore de quel amour tous les hommes
sont gratifiés ? Pourtant depuis deux mille ans cette nouvelle a
été propagée. Sans doute insuffisamment, et de
trop mauvaise façon. Certainement aussi, le cœur humain
s'est-il trop refermé sur lui-même. Vraisemblablement, il
y a un constant combat entre cette vérité et le mensonge
de notre humanité qui se cache derrière ses illusions.
Toutes nos illusions tournent autour d'une même tentation, celle
de l'égoïsme, qu'il s'agisse de l'abus de pouvoir, de la
violence sous quelque forme que ce soit, de l'escroquerie, du mensonge
ou de l'injure faite aux pauvres gens lorsque d'autres,
déjà riches, reçoivent en une année de
rémunération ce que les défavorisés ne
recevront jamais dans une vie de travail et de galère. Nos
économies actuelles génèrent trop
d'inégalités. Ce n'est pas sain, ce n'est pas bon. Il va
falloir qu'on se le répète d'un bout de la planète
à l'autre, puisque mondialisation, il y a désormais.
Je ne sais pas si notre XXIème
siècle a besoin de plus de religion, mais ce que je crois
absolument nécessaire c'est que tout homme entre en
lui-même et se laisse convaincre que son salut réside
d'abord dans cette humilité de la reconnaissance de ses
défaillances égoïstes. S'il persiste dans sa
découverte biblique, alors il apprendra de quelle façon
il est aimé de Dieu qui a de grands, de très grands
projets pour chacun en solidarité avec tous.
Aimer Dieu ne veut pas dire partir en guerre
sainte ni en croisade, expressions injustes et injustifiables, mais
certainement se laisser aimer de Dieu.
Aimer son prochain ne veut pas dire lui laisser
quelques restes, quelques miettes et quelques chances de survie, mais
d'entrer en convivialité avec lui, et lui avec moi.
Ici, nous rejoignons la
vision d'Ezéchiel !
A la manière des prophètes, à
la manière de Jésus lui-même, partant de ce constat
que notre humanité tout entière a besoin d'être
réveillée, d'être
régénérée, d'être ressuscitée,
il nous est demandé de prophétiser sur les ossements de
nos sociétés humaines pour les voir se rassembler, se
reconstituer, se remettre en forme.
A la manière des prophètes et de
Jésus, il nous est demandé de prophétiser
jusqu'à ce que vienne l'Esprit de Dieu sur nous tous, en notre
humanité afin de lui donner vie nouvelle selon la promesse de
Dieu, selon sa volonté et ses commandements. Que l'Esprit
souffle désormais sur chacun en notre monde, aimé de
Dieu, pour lequel il a envoyé son Fils unique afin que personne
ne périsse, mais que tous reçoivent la vie de son
règne. Amen.