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Prédication du jeudi 10 mars 2005 chez les Diaconesses de Versailles par le pasteur Daniel Chaillou
Texte : Hébreux 11, 1-12

Chers amis, quelle chance nous avons. Le dirons-nous assez ? La partagerons-nous suffisamment ?
Non seulement on a recueilli ce texte dès le premier siècle du christianisme comme un récit majeur puisque vers l'an 95, Clément, évêque de Rome en faisait déjà citation. Mais ensuite, malgré l'incertitude concernant l'auteur de cette épître, ou plutôt de cette harangue publique, qu'on a pendant longtemps attribuée à l'apôtre Paul, elle a été assez naturellement incluse dans la liste des livres du Nouveau Testament.
Mais, il faut le dire aussi, quelle chance nous avons de pouvoir suivre les exemples et allusions qui sont évoqués tout au long de ce discours. De toute évidence cette allocution s'adressait à des chrétiens d'origine juive, d'où le titre donné à posteriori, " Epître aux Hébreux". Grâce à notre connaissance du Premier Testament, il nous est relativement facile de suivre le développement de cette proclamation.

Dans le récit que nous venons d'entendre, une expression revient comme un rythme de respiration : "par la foi…", "C'est par la foi…". En quelque sorte l'auteur insiste sur la motivation profonde des témoins inspirés des siècles passés qui, tous, se sont laissés émouvoir et mouvoir par cette aspiration profonde accordée à tous les croyants des siècles : la foi.
Il y a comme une force authentique au travers du temps, dans notre humanité, qui invite des personnes à lever le regard et discerner un signe annonciateur dans l'espérance. La foi, selon l'Ecriture, se manifeste comme un don accordé à des êtres humains qui, sans autre distinction, portent la responsabilité d'un acte de foi, de confiance donc, en la Parole de quelqu'un, Autre, que l'on ne voit pas mais dont on discerne cependant et infailliblement la présence.

Selon l'auteur de notre récit, de cette déclaration publique devant une assemblée de croyants se posant encore des questions sur la croyance en Jésus, comme le Christ, la foi est ce qui inaugure l'espérance. Il ne faudrait pas croire que l'acte de foi, par hypertrophie de confiance, conduise à l'immobilisme. Non ! La foi entraîne immédiatement à l'espérance et l'espérance à une mise en route. Par de multiples exemples l'auteur de ce discours invite à s'appuyer sur l'expérience de témoins qui, en acceptant d'écouter la Parole de Dieu, ont généralement accompli plus qu'une œuvre, mais un signe annonciateur d'une avancée vers le Royaume de Dieu.

Nous retrouvons là, l'esprit des béatitudes où Jésus encourage tous ceux qui malgré leurs épreuves et leur misère, et peut-être même à cause de cela, se sont mis en marche vers une nouvelle espérance dans le Royaume de Dieu qui s'est approché tout près. Pour eux aussi, pour eux tout particulièrement, il y a une promesse au delà de leur démarche immédiate. Cette mise en mouvement devient un signe d'apaisement et de renouvellement. Quand on nous dit que l'espérance évangélique jaillit en source d'eau vive pour la vie éternelle, il me semble que nous sommes sur le bon trajet, celui où Jésus nous devance. Car au delà du petit bout de chemin que nous aurons parcouru, un signe doit en encourager d'autres à se mettre en route, eux aussi

Je pense que c'est un rôle humble mais essentiel que celui du simple témoignage. En tout cas c'est bien ce que semble nous indiquer l'auteur aux "Hébreux". Il est important de se laisser gagner par la foi et l'espérance. Au delà de l'implication personnelle et de la confiance réciproque entre Dieu et le témoin, un signe s'instaure et demeure pour d'autres dans les temps à venir.

Parmi tous les exemples bibliques cités en ce sens dans ce chapitre de l'épître, on a parfaitement conscience qu'au delà d'une semblable confiance en Dieu, l'innovation est de mise. Nous ne sommes pas dans un carcan répétitif. Bien au contraire : A chaque personne son expérience. A chaque temps son signe.

En cela, il me semble que nous avons déjà un signe important pour notre époque. Une dimension évangélique essentielle s'impose, je crois. Nous entrons dans une ère étonnante où comme pour les Samaritains, tous, nous pouvons dire à propos de Jésus : "Ce n'est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons; nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde." Une certaine maturité dans la foi. Une étape adulte dans l'expérience et la responsabilité du témoignage évangélique commence à poindre. C'est très souvent la démarche que font certaines personnes aujourd'hui lorsqu'elles viennent d'elles-mêmes vers un pasteur où une communauté comme la vôtre. Nous nous en réjouissons. Certes, au dire de certains, il y a des risques à ne pas se rallier exactement à la tradition. Encore faudrait-il savoir laquelle. A bien lire et relire les évangiles, il me semble que Jésus a pris le risque de l'expérience et du témoignage individuel. C'est lui, et lui seul, qui est l'unité, ce n'est pas une tradition particulière. Laquelle serait-ce donc ?

Il est vrai qu'en la matière, le protestantisme offre une grande palette de couleurs. Veillons et prions seulement pour que l'unité demeure en Christ. Mais j'ai la ferme conviction que le Royaume qui s'est approché comporte de nombreuses demeures et qu'il n'est pas fait de la monotonie de nos cités. Bien au contraire, chaque habitation y aura son charme, ses couleurs et sa propre ambiance d'accueil.

En ce temps de carême, ce temps de cheminement et de préparation à la semaine de la passion, comme l'apôtre Paul nous pouvons proclamer ceci : " Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand." Oui, l'amour de Dieu pour chacun, en Jésus-Christ mort et ressuscité, c'est bien ce que nous allons célébrer prochainement. La foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand dit l'apôtre. Amen.