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Prédication du dimanche 13 février 2005 au centre Œcuménique, par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 51 - Gen. 2, 4 - 3, 7  - Rom. 5, 12-19 - Matt. 4, 1-11

A bien lire la bible, les grands commencements du peuple d’Israël naissent au désert. Qu’il s’agisse de la mission de Moïse, de la vie du prophète Elie, de la période de Jean le Baptiste et tout particulièrement  de l’expérience de Jésus en personne, selon le témoignage des évangiles, nous sommes invités à y discerner un temps révélateur de la foi et de son affermissement.
A bien suivre les descriptions topographiques des textes évangéliques et bibliques en général, on y distingue des révélations particulières selon que l’on se trouve, dans la description, auprès d’un point d’eau, sur une montagne ou dans un désert.
Dans le récit de Matthieu qui nous occupe maintenant, il y a comme un déplacement entre trois lieux différents : le désert, le sommet du sanctuaire à Jérusalem et une haute montagne. Chacun de ces endroits porte avec lui toute une symbolique de vie ou de non vie.
Au lieu même, et au nom de désert, s’y ajoute une notion de durée, d’épreuves, de famine, de fatigue, de refus et de révolte. Nous pouvons le vérifier dans tous les récits ici évoqués.
L'expérience des croyants rapportée dans les récits biblique a tellement marqué l’histoire du protestantisme dans notre pays, que la terrible période du XVIIème siècle, hélas, siècle de persécution contre la "Religion Prétendue Réformée" selon le pouvoir politique,  a été appelée  "la période du Désert". Cela signifiait, à la fois la mise à l'épreuve et la volonté de persévérance dans la foi, malgré les exactions.
Nous allons suivre le récit des tentations, mieux vaudrait dire le récit des épreuves de Jésus. En effet, encore une fois, en lisant la traduction d'André Chouraqui, il faut bien admettre qu'il s'agit en l'occurrence de mises à l'épreuve plus que de tentations. On sait désormais, que le "diabolos" en grec, le diable donc, était dans l'épreuve du cirque romain, le concurrent qui pour sauver sa peau était prêt à toutes les fourberies pour faire chuter son adversaire.
Nous allons repérer ce que ces mises à l'épreuve signifient pour Jésus dans l’instant et tout au long de son ministère, mais également ce que cela signifie pour nous au quotidien.

Au terme des quarante jours de privation de nourriture, on nous  dit que Jésus eut faim. Au diable qui profite de cette occasion pour suggérer à Jésus d’exercer ses prérogatives de Fils de Dieu, Jésus rappelle qu’il existe en l’homme une autre faim possible : “ l’homme ne vivra pas de pain seulement, dit Jésus, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu ”.
La faim dans le monde, qui n’a rien à voir avec le jeûne rituel et religieux, est un réel fléau mondial, même en ce début de XXIème siècle. Famines et sous nutrition sont des réalités contemporaines parmi nombre de populations, pays et régions. Il faut bien avouer que ceci devient absolument scandaleux à une époque où nous avons la possibilité de réguler à un niveau planétaire cette première nécessité de se nourrir. Mais le ferons-nous ? Car partout de par le monde la tentation est toujours la même de se servir d’abord soi-même, si possible de façon magistrale, sans se préoccuper si d’autres souffrent de nos excès. Jésus, en l’occurrence repousse cette épreuve de l’exercice du miracle de l’abondance, donc de la puissance, à des fins personnelles. L’indication est claire. Lui qui se permettra cependant de multiplier les pains et les poissons pour les foules, refuse de se servir lui-même. Il était important que cela fut fait dès le début de sa mission messianique. Comme il le fera en chaque circonstance, Jésus rebondit sur la situation et les paroles du diable pour ouvrir une fenêtre sur une dimension inattendue : “L’homme vivra essentiellement de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ”. Ceci ne cautionne en aucun cas les situations de famines, bien au contraire, puisqu’il vient d’indiquer par quelle attitude solidaire il faut en sortir. Mais en même temps et au delà, il serait juste que les hommes méditent sur toute expérience de privation, décidée ou subie, pour trouver l’appétit d’une Parole venue de Dieu, précisément lorsque nous sommes invités à aimer Dieu et notre prochain. Ce que nous pouvons souhaiter de mieux pour notre monde, c’est une grande faim de la Parole de Dieu dans toutes les sociétés afin que gouvernants, dirigeants et responsables économiques, comme chacun de nous d’ailleurs, se préoccupent avant toute chose de l’équilibre d’une juste répartition des ressources vitales. Jésus est aussi venu pour nous dire cela et nous le montrer en priorité. Le salut du monde entier passe par cet appel, par cette Parole. Il est venu nous montrer comment la Parole, sa Parole, la Parole de Dieu est première. “ Sola scriptura ” auraient dit les Réformateurs.

La seconde épreuve à laquelle Jésus est confronté, au sommet du temple à Jérusalem, est d’un tout autre ordre, mais toujours dans le genre de la domination et dans le sens du défi à ce qui a été affirmé à son baptême. Inlassablement le diable répète la même défiance, “  si tu es Fils de Dieu…alors … alors prouve le… ” De manière sous entendue, il le pousse à se montrer aux yeux de tous, là, sur l’esplanade du temple comme le maître jouissant de tout pouvoir surnaturel. La provocation est grande, car Jésus à maintes reprises annoncera que le royaume de Dieu s’est approché par des événements exceptionnels mais toujours dans le sens de cette annonce et non pas comme un non sens, non pas comme une flatterie personnelle, non pas comme une possibilité de dominer sur quiconque par des actions extraordinaires. Jésus répond justement à cette provocation par une Parole juste en citant les Ecritures, “ Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ”. Si la foi en Dieu a pour synonyme la confiance, c’est justement l'inverse d'un abus de confiance.
Nous pourrions bien nous demander en quoi cette tentation nous concerne aujourd’hui. En fait j’y vois une manière de dénoncer la tendance, hélas trop humaine, de sans cesse vouloir dominer quiconque, y compris par des moyens religieux  et idéologiques. Vouloir dominer sur l’esprit et la conscience des gens reste non seulement une tentation, mais une tentative permanente d’agression sur autrui. Les idéologistes obtus et extrémistes de tout poil, sont fascinés par ce genre de pouvoir jusqu’à utiliser l’agression et le viol des consciences et même l’agression contre les personnes, nous l’avons vu hélas, pour se persuader qu’ils ont raison contre tous.
A cela Jésus oppose la soif d’autre chose : un désir profondément ancré dans le cœur humain, à savoir le désir de bien être, le désir de bénédiction, l’aspiration à la paix intérieure et au bonheur. L’évangile de Matthieu à très bien discerné cela en transcrivant à quelques lignes de là, les paroles de Jésus qui commencent par “ Heureux êtes-vous, vous qui êtes en marche ”. Oui, heureux ceux qui ont opté pour la réconciliation des cœurs et des esprits, et pour la confiance en Dieu le Père de tous et le créateur de toute chose. L’avenir de l’humanité passe par la confiance en Dieu, en l’autre et en soi. Autrement dit, à la manière de Jésus :“ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi-même ”. Nos Réformateurs auraient peut-être exprimé ici, le “ sola fide ”, la foi seule.

Au sommet d’une très haute montagne d’où l’on domine tous les royaumes de la terre, Jésus est confronté à une sorte de démon viscéralement et sournoisement ancré au fond de l’être humain : l’avidité du pouvoir, l’orgueil de la domination, le désir de puissance absolu. Nous ne connaissons que trop ce désir sournois. Il a fait tant de mal dans les relations humaines et apporté tant de malheurs dans notre histoire allant jusqu’à s’octroyer pouvoir de vie et de mort sur quiconque, sinon sur des populations entières. Tant de potentats au cours des siècles n’ont gouverné qu’en pactisant avec ce monstre toujours prêt à fondre sur sa proie. Combien de dictateurs, grands et petits, s’en sont remis corps et âme aux charmes flatteurs d’une volonté de gloire personnelle, même éphémère.
A la gloire absolue évoquée par le tentateur au sommet de cette très haute montagne, celle de l’histoire et de la vanité humaine, Jésus opposera la mise en marche des béatitudes et le sermon sur la petite montagne de Galilée, en accueillant auprès de lui tous les déshérités de toutes les idéologies de son temps. Il affirme une autre manière d’être. Il indique en qui placer sa confiance. Un seul est digne de recevoir un culte, ce n’est ni le César de son époque ni ceux de quelque autre temps ni celui qui trône au fond de chacun. La réponse de Jésus est claire et catégorique “ le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c’est à lui seul que tu rendras un culte ”. Dieu seul peut nous garantir contre toutes nos folies. Dieu seul est digne de toute gloire. A Dieu seul soit la gloire : " Soli Deo gloria"