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Prédication du dimanche 16 janvier 2005 au cours du culte à Plaisir, par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 40 - Josué 3, 14- 4, 11 - Jean 1, 29- 34

Nous aimerions en connaître un peu plus à propos de la rencontre de ces deux hommes, Jean et Jésus - Johanan et Jeshoua - "Dieu fait grâce" et "Dieu sauve". Ils apparaissent comme les deux volets d'une même initiative et d'une même histoire. Et si nous voulions emprunter à l'image même du lieu où, semble-t-il, ils établissent ce contact, nous pourrions dire qu'ils sont comme les deux rives d'un même fleuve. Entre eux deux, coule l'eau du Jourdain. Cette rencontre n'est pas fortuite et sans signification. C'est toute une partie de l'histoire d'un peuple ici évoquée. Il fallait que cette rencontre eut lieu là, au beau milieu du Jourdain, sur les traces du premier sauveur, Jehoshua, Josué le compagnon et successeur de Moïse.
L'un venait de son désert, portant sur ses épaules toute une épopée à la recherche du Dieu vivant et du Dieu purifiant. L'autre venait de la société des hommes empêtrés dans leurs compromissions jour après jour, malgré toutes leurs ablutions rituelles ou leurs tentatives de révolution.
L'un rappelait la longue marche du peuple en transhumance au travers d'un désert hanté par les démons de rébellion. L'autre apportait toutes les questions d'une population, assujettie à tant de pouvoirs religieux, civils, militaires, impériaux et souvent cruels..
L'un s'était échappé d'une confrérie avide de rupture avec la société corrompue génératrice de tous les maux. L'autre s'était approché des humains les plus rejetés, méprisés, emprisonnés, humiliés et oubliés.
Selon les paroles de Jésus rapportées dans d'autres évangiles, Jean s'étonnait de le voir venir à lui : "Il convient d'accomplir ce qui est juste", lui dit Jésus. Et Jean, finalement accepta de le plonger dans cette eau du Jourdain. C'était en somme, comme le passage d'un relais, d'une rive à l'autre, d'un pan de l'histoire à l'autre, d'une démarche de nomades à la l'installation sédentaire, de la première alliance à la nouvelle, de la vie purifiante au désert à la vie compromettante en société.
Johanan et Jeshoua, deux hommes, deux tranches d'histoire, deux cultures religieuses opposées. L'un restera sur les rives du Jourdain jusqu'à son emprisonnement, l'autre se plongera dans les populations des villes et des villages jusqu'à sa crucifixion. L'un voulait nettoyer, l'autre venait guérir en profondeur. L'un n'avait que sa prédication, l'autre est la Parole même. L'un n'a que de l'eau à sa disposition, l'autre dispose de l'Esprit de Dieu. L'un venait en exorciste, l'autre vient en médecin pour apaiser la douleur. L'un baptisait dans l'eau, l'autre baptise dans l'Esprit.
C'est un véritable tremblement de la terre et de l'histoire des hommes qui se trame sur les bords du Jourdain en ce temps là. Il convient cependant de remarquer la réelle et profonde humilité de Jean devant les questionnements et quasi interrogatoires des pharisiens qui déjà s'inquiètent. Jean dissipe toute ambiguïté : Il n'est pas le Christ, pas même Elie, pas même le prophète. Il est une simple voix qui crie dans le désert en appelant les populations à la repentance, mais pour de vrai. Jean est un chasseur d'hypocrisie. Dans le Jourdain on ne s'y plonge qu'une seule fois, pour de bon, pour de vrai. Plus question d'y revenir. Ou alors on n'a rien compris. Le mal doit être attaqué à la racine et la paille brûlée au feu. Sa prédication est rude presque rustre, à l'image de sa dégaine de prophète tout droit sorti des grottes de Qumran en bordure de la Mer Morte. On ne s'y nourrit que de miel sauvage et de sauterelles. Mais de l'autre côté y a-t-on réellement trouvé "le lait et le miel" promis au premier du nom, Jehoshua, Josué ?
Que peuvent bien nous apporter un tel événement, un tel tremblement et une telle rencontre ?
En premier lieu, il n'est pas interdit de se laisser surprendre par la force du lieu et du signe : Là où s'arrêtèrent les prêtres portant l'arche de l'Alliance, juchés sur des rochers pour ne pas se mouiller les pieds, Jésus se laisse plonger dans les eaux du Jourdain.
Là où s'arrêta l'arche de la première Alliance avec les dix paroles gravées sur deux tables de pierre, là se pose l'Esprit de Dieu, comme une colombe, sur celui qui ne cessera jamais d'arpenter les chemins de la terre entière par la proclamation de sa Parole.
Là où Josué fit relever douze rochers au beau milieu du Jourdain, à partir de là Jésus se choisira douze disciples dont l'un d'entre eux, en effet, se prénommera Pierre, tous envoyés aux quatre coins du pays et finalement de l'horizon.
Partant de là, nous comprenons que l'Evangile nous envoie au milieu de notre monde, de notre époque, de notre civilisation, de notre société et, sans a priori, au beau milieu de nos contemporains.
A nous aussi de leur faire découvrir que les temps ont changé, que le temps de Dieu est arrivé. Non pas le temps de la religion avec son train de religiosité, mais le temps d'une Parole vraie, juste et aimante comme Jeshoua, "Dieu sauve", nous l'a appris.
A nous de se laisser baptiser de l'Esprit de Dieu qui virevolte au-dessus de nos têtes comme il le fit en ce temps là, sur les rives du Jourdain. L'Esprit de Dieu cherche à se poser sur nous comme il le fit, à ce moment là, sur Jésus le fils de Dieu.
Partant de là, nous comprenons aussi pourquoi cet Esprit nous précède en même temps qu'il nous envoie.
Nous comprenons aussi, pourquoi lorsque Jésus envoya ses disciples, il leur recommanda de ne rien prendre avec eux et de rester disponibles en quelque sorte. Notre envoi suppose cette disponibilité à la rencontre d'autrui et à la présence de l'Esprit de Dieu. De ce contact peut naître une parole vraie, juste et aimante. Aimer Dieu, c'est entrer en apprentissage à aimer son prochain. Aimer son prochain, n'est-ce pas commencer à aimer Dieu ?
Il est vrai que dans notre Eglise réformée, nous sommes souvent dans un fleuve d'eau courante qui nous empêche de prendre racine. Préférons-nous la spontanéité de l'Esprit à la lourde charge d'une arche pleine de dogmes et trop pesante ? Seul Dieu le sait. Amen