Prédication du dimanche 09 janvier 2005 au Centre Œcuménique
par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 29 - Es. 42, 1-8 - Act. 10, 34-38 - Matt. 3, 13-17
Pour la prédication d'aujourd'hui je retiendrai les trois éléments essentiels
du baptême de Jésus : L'eau bien-sûr, la colombe évidemment et la Parole venue
du ciel. J'en reprends ici la lecture :
"3:16 Dès que Jésus est baptisé, il sort de l'eau. Au même moment, le ciel
s'ouvre. Jésus voit l'Esprit de Dieu qui descend comme une colombe et qui vient
sur lui.
3:17 Une voix vient du ciel et dit: " Celui-ci est mon Fils très aimé. C'est
lui que j'ai choisi avec joie. "
J'ai bien conscience qu'il y ait quelque risque à parler aujourd'hui de l'eau
comme celle d'un baptême, après le cataclysme subi par plusieurs pays d'Asie.
Par caméras et télévision interposées, nous avons visualisé l'une des plus violentes
catastrophes naturelles de l'humanité. Jusqu'à présent on se limitait à des
récits mythiques ou légendaires comme celui du déluge avec Noé, de la traversée
de la Mer Rouge avec Moïse et Pharaon à ses trousses ou de la mésaventure de
Jonas dans la tempête.
Mais notre actualité dépasse infiniment toute tradition, sauf peut-être celle
du déluge universellement ancrée dans les cultures anciennes du monde. Qui aurait
osé, il y a peu de temps encore, nous parler de ces récits mythiques comme proches
d'une réalité hélas possible en notre siècle ?
C'est à croire d'une part que notre humanité a déjà ployé sous pas mal de violence
naturelle et que par ailleurs, la conscience collective en a gardé mémoire,
à sa façon, en des souvenirs fondateurs de civilisation. Il paraît assez probable
que des événements cataclysmiques ont donné naissance par conteurs interposés
durant des siècles et des millénaires, à ces contes et légendes retravaillés
par les croyants de la Bible, en tout cas pour ceux qui nous préoccupent aujourd'hui.
Il y a décidément bien longtemps que les générations croyantes qui nous ont
précédés, ont discerné l'eau comme une force imprévisible et indomptable. Ils
en ont fait un symbole de mort avant d'en faire le symbole de la vie retrouvée.
Il est vrai que l'aventure du célèbre Gilgamesh babylonien d'un côté et les
crues du Nil de l'autre ont indéniablement marqué les esprits de centaines de
générations d'êtres humains, dans ce qui est le berceau de notre culture.
Nombre de récits bibliques nous instruisent à ce sujet. On pourrait même se
demander comment une culture aussi continentale que celle des Hébreux a précieusement
gardé les histoires de Noé ou de Jonas.
Ainsi découvrons-nous avec eux, un thème important en lien avec celui de la
création de Dieu qui outre la lumière, extirpa toutes choses de l'abîme primordial.
C'est à la suite de cette démarche intuitive et théologique de leurs prédécesseurs
croyants en Israël, que Jésus et Jean le Baptiste se proposent de sauver le
monde. Jean a tout à fait conscience que cette tâche le dépasse infiniment.
Il avoue son insuffisance en voulant être baptisé par le Messie en personne.
Cependant Jésus ne précipite rien. L'ordre premier du créateur ne doit pas être
ignoré. Ainsi Jésus est-il baptisé par Jean et non l'inverse comme lui, le Baptiste,
l'aurait souhaité.
A méditer sur notre actualité, serait-il déraisonnable de penser et d'espérer
que la force destructrice de cette catastrophe n'engendre désormais un élan
de vie solidaire entre les hommes, les peuples et les continents ? Pourquoi
cette intuition théologique du temps passé ne vaudrait-elle pas pour notre monde
d'aujourd'hui, rien que pour nous les petits hommes bleu composés à 60 ou 80
% de notre volume en eau ? Tout baptême doit aider à extirper le mal de nos
cœurs récalcitrants.
Un autre symbole non moins significatif et théologique, est celui de la colombe.
Toutefois, soyons précis, en respectant ce qui nous est dit dans le texte, c'est
l'Esprit de Dieu qui vient se poser sur Jésus, à la manière d'une colombe…
Je ne sais si vous êtes observateurs de ces oiseaux du ciel, mais en cette période
de l'année les colombes, tourterelles, se rassemblent auprès des maisons et
dans les jardins pour y chercher nourriture. Elles évoquent pour nous peut-être
plus qu'elles ne sont en définitive, mais nous leur attribuons volontiers le
symbole de la paix. En fait celle du Père Noé, déjà lui rapporta la vie retrouvée,
tenant en son bec un rameau d'olivier. C'est précisément le sens réel du baptême
: baptisés en christ nous recevons l'Esprit de Dieu qui se pose sur chacun à
la manière d'une colombe lui apportant un rameau d'olivier. L'arbre de la Vie,
de la vie renouvelée , de la vie relevée, de la vie ressuscitée en Jésus le
Fils de l'Homme, Fils de Dieu. Tout baptême est digne de recevoir la colombe
en symbole de vie. Alors là-bas, sur les côtes ravagées de cette partie de l'Asie,
je souhaite qu'il s'y trouve beaucoup de colombes portant en leur bec des rameaux
d'olivier, l'arbre de la Vie, de la vie qui recommence, de la vie digne des
enfants du Dieu créateur. C'est notre souhait à tous en ce début d'année. En
fait là-bas et ailleurs, en tant d'endroits sur notre planète, ce sont des nuages
entiers de colombes qu'il convient d'accueillir en symbole de paix et de vie
retrouvées. Mais je les ai vues dans le jardin ce matin. Jésus est venu pour
sauver les hommes de leurs démons et leur péché.
Enfin , le troisième élément du baptême de Jésus, réside dans le témoignage
de Dieu par cette voix venue du ciel : Jésus est choisi comme Fils unique et
bien aimé, par Dieu son Père désormais. En cela les quatre évangiles sont d'accord
: Jésus est publiquement proclamé Fils de Dieu, lors de son baptême, alors qu'il
avait une trentaine d'années environ.
Désormais, pour vous comme pour moi, le ciel s'est ouvert et la Parole de Dieu
a été proclamée à tout homme quelque il soit. Un jour, ou une nuit, plus extraordinaire
que les autres, où nos oreilles entendaient mieux que d'habitude ce que l'Esprit
de Dieu disait, nous nous sommes laissés convaincre et mouvoir par cette Parole
venant du ciel. Ainsi, nous sommes nés de l'Esprit saint, nous aussi. Ce que
Nicodème précisément ne voulait pas comprendre en une certaine nuit où il était
venu discuter avec Jésus. Et, lui répondit Jésus: "En vérité, en vérité, je
te le dis: nul, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume
de Dieu." (Jean 3,5)
De tout cela nous sommes les témoins. Nul d'entre nous n'ignore ce que signifie
l'eau du baptême. L'Esprit saint s'est posé sur nous aussi, comme une colombe
virevoltante, messagère de la vie retrouvée. C'est pourquoi nous sommes ici
ce matin à l'écoute de celui qui nous prend pour ses enfants.
L'eau, la colombe et la Parole venue du ciel, nous connaissons tout cela. Puisse
cette nouvelle retentir ici et là pour tous, tout particulièrement pour les
plus éprouvés. Amen