Prédication du dimanche 14 novembre 2004 au Centre Œcuménique
par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 98 - Mal. 3, 13-24 - 2Thess. 3, 6-18 - Luc 21, 5-19
Une fois de plus, nous vérifions l'aptitude de Jésus à utiliser toutes sortes
de langages dans tous les styles connus de l'époque. Après quelques récits en
paraboles voici, ce qui est plus rare, un discours apocalyptique, prophétique
ou eschatologique, selon ce qu'on veut souligner.
Les évangiles de Matthieu et de Marc situent cette intervention au milieu des
disciples, après être sorti du temple et monté en face, sur la colline des Oliviers,
d'où ils pouvaient contempler l'imposante construction du temple.
Tandis que Matthieu et Marc présentent ce discours comme un enseignement auprès
des disciples, Luc, lui, prend délibérément le parti d'un débat public sur le
parvis même du temple à Jérusalem, Il est vrai, rien n'interdit de penser que
la discussion après avoir pris forme et vigueur au milieu de la foule à Jérusalem,
se soit prolongée dans le petit groupe des disciples, repartant pour Bethanie
où ils étaient attendus pour la nuit.
Toutefois la manière de Luc, de resituer cette question sur la place publique
restitue mieux le débat populaire qui pouvait s'instaurer parfois au milieu
de la foule, ou de groupuscules, satisfaits de la tournure des travaux d'Hérode
le Grand qui avait si magnifiquement reconstruit le temple de Jérusalem. Depuis
plus d'un demi siècle, on en était encore à la finition et à l'embellissement
de l'édifice.
On s'extasie, on s'émerveille, on se flatte, on se félicite d'avoir un pareil
édifice en pleine activité retrouvée. Cependant, à la manière des prophètes
Jérémie, Sophonie ou Habacuc, Jésus dénonce cette suffisance qui va bientôt
et subitement s'effondrer totalement et pour des millénaires. " Il ne restera
pierre sur pierre " dit Jésus à ses contemporains, comme pour les mettre en
garde et les prévenir des bouleversements prévisibles entre un petit peuple
assujetti et l'occupant romain militairement tout puissant. La population israélite,
tout à fait minoritaire, qui a réussi à faire valoir son origine religieuse
très ancienne donc respectable, défie sans cesse l'autorité souveraine d'un
César cherchant à se diviniser auprès des populations pour mieux régner.
Les propos de Jésus sont-ils prophétiques, eschatologiques ou apocalyptiques
? A mon avis, ils sont avant tout très lucides. Le défi ne peut durer indéfiniment.
Tout le monde devrait s'en rendre compte au lieu de continuer dans l'illusion
de l'arrangement. Jésus sait, lui, que tout prochainement, par Pilate interposé,
il sera confronté à ce pouvoir impérial qui croit avoir tous les droits : droit
de vie et de mort sur quiconque.
Comme Matthieu et Luc ont su en témoigner, depuis sa naissance Jésus est perçu
par les pouvoirs en place comme le défi majeur. Où cela mène-t-il ? Tout cela
est inévitable, dit Jésus. C'est hélas, la logique de ce monde-ci, avide d'imposer
son pouvoir. En effet, moins de quatre décennies plus tard, en l'an soixante
dix de note ère, Jérusalem et son temple seront effectivement détruits, brûlés,
rasés. Voilà l'analyse sans concession que Jésus fait sur la prochaine actualité
de son temps. Le conflit est majeur. Mais quel est-il ?
Jésus prévient ses disciples, preuve que ce débat n'était pas anodin, qu'ils
auront, comme lui, à affronter ces mêmes pouvoirs avant la ruine de Jérusalem.
On peut évidemment rétorquer que les évangiles ayant été définitivement écrits
assez tardivement dans le premier siècle, les rédacteurs se soient laissés influencer
par les évènements. Mais là encore, les faits sont têtus puisque l'histoire
elle même en rend compte aujourd'hui.
La première pensée qui me vient à l'esprit, c'est que Jésus sait regarder lucidement
son temps et les forces en conflits. Loin de se cacher la réalité, il l'expose
et en informe ses proches afin qu'ils s'y préparent également. Il vaut toujours
mieux dire les choses comme on les voit, même si notre vision n'est pas totalement
objective, que de se cacher la face.
L'autre aspect que je souhaite souligner et mettre en valeur, c'est l'exhortation
de Jésus auprès de ses disciples afin qu'ils gardent confiance. Ils ont cru
en celui qui se présente comme seul digne d'autorité et non de pouvoir. Jésus
les rassure et les assure qu'il leur donnera le moment venu, assez d'à propos
pour témoigner d'une autorité sans pouvoir mais qui saura convaincre les cœurs
et les esprits.
Le Fils de l'Homme est un homme sans aucun pouvoir sinon la puissance d'aimer
son prochain. Bien sûr, ça peut en énerver un certain nombre, même parmi nos
plus proches, mais pourtant n'est-ce pas à cela qu'est appelée une humanité
digne de ce nom ?
C'est un paradoxe incompréhensible dans notre monde et nos sociétés, nous le
savons que trop. Et cependant lorsqu'un espoir se fait jour dans l'un des multiples
conflits que nous pouvons connaître, nous nous réjouissons à l'avance, avec
beaucoup d'autres, de ce qu'il promet. Nous craignons toujours qu'il ne s'éteigne
avant d'avoir porté fruit. Nous prions toujours pour qu'avance le règne de Dieu
en ce domaine précis et en ce monde-ci.
En fait, le seul contre pouvoir que nous puissions manifester c'est d'aimer
à la manière dont Jésus a aimé les hommes, en les regardant dans les yeux pour
les rétablir en leur for intérieur.
Il y a comme une sorte d'appel à la sagesse. C'est la force du Fils de l'Homme,
c'est la nôtre aussi.
Ainsi de nos jours également, bien longtemps après les évènements auxquels Jésus
fait allusion, nous entendons hélas, parler de guerres et de révolutions. Certains
de nos proches même, y vivent les tragiques et cruelles conséquences d'injustice
et d'abomination aussi. Nous ne pouvons pas en prendre individuellement toute
la responsabilité. Notre Maître lui-même nous dirait à propos de telles circonstances
que c'est à notre dimension individuelle, inévitable, nous n'y pouvons hélas,
pas grand chose, il faut bien le dire. Mais cependant, il y a lieu d'en faire
analyse et de prévenir des impasses et pièges meurtriers que l'on cache et que
l'on se cache derrière des apparences où au dire de certains, tout va pour le
mieux.
En tant que disciples du Christ, la seule chose pertinente dont nous ayons à
témoigner, c'est du règne de Dieu, règne de respect, d'humanité, d'amour du
prochain, d'espérance, de reconstruction, de relations justes et d'esprit de
sagesse.
Face à tous les César de la planète, nous continuons de croire au seul règne
de Dieu qui s'est approché, et qui s'approche de notre humanité en la personne
de Jésus Fils de l'Homme et Fils de Dieu. Nous sommes plutôt dans une démarche
eschatologique, c'est à dire dans cette confiance totale en celui qui nous a
déjà mis en route vers son règne de paix, non pas de guerre. Qui oserait adjoindre
le nom de Dieu à celui de guerre ? Jésus dissocie jusqu'à en mourir lui-même,
l'un de l'autre. Paix en notre monde. Amen