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Prédication du dimanche 07 novembre 2004 au CAP St Jacques par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 17 - Daniel 3 - 2 Thess. 2, 16-3, 5 - Luc 20, 27-40

Il faut bien le reconnaître, dans ce récit de l'évangile de Luc, la question des juifs sadducéens à Jésus, nous dépasse allègrement. Leur façon parabolique, en raisonnant par l'absurde, de présenter la question de la résurrection, ferait sourire aujourd'hui croyants ou incroyants de la même façon sinon pour les mêmes raisons. Preuve s'il en est que nos idées et nos vérités évoluent et se transforment avec le temps et la culture ambiante. Alors prenons fait et cause pour la relativité de nos propos, tout particulièrement des miens sur ce sujet aujourd'hui !
C'est un fait que du temps de Jésus, les saducéens, très majoritaires parmi les familles des prêtres et grands prêtres du temple de Jérusalem, s'opposaient en plusieurs points à l'enseignement des pharisiens. Les uns se référaient au seul pentateuque attribué à Moïse, tandis que les autres se plaisaient dans la lecture et les commentaires des autres écrits et livres prophétiques. D'autre part, semble-t-il, les saducéens rejetaient toute croyance et doctrine sur la résurrection, alors que les pharisiens confessaient la résurrection aux derniers jours.
Par cette histoire, peu vraisemblable, des sept frères épousant successivement la même femme pour observer la loi du lévirat selon ce qui est prescrit à ce sujet dans le Deutéronome (25, 5-6), les saducéens entendent prendre Jésus en défaut. Ils veulent le pousser dans le camp des pharisiens puisqu'il ne cesse d'annoncer la résurrection, aux portes mêmes du temple de Jérusalem, ce qui leur devient sans doute difficilement supportable.
La réponse de Jésus se fait précise sur deux points :
En premier lieu, on n'est pas relevé de la mort pour recommencer ce que nous avons déjà vécu. Il ne s'agit ni d'un retour à la vie biophysique que nous connaissons, ni d'une réincarnation en d'autres formes et contingences biologiques. Non ! la résurrection appartient véritablement au monde de Dieu. Elle dépend de sa seule décision et de sa seule création. Il en est le seul auteur. Ceux qui en seront jugés dignes, dit Jésus, vivront cette nouvelle réalité dans une plus grande, sinon totale, proximité de Dieu et à l'heure de son règne. Les défaillances biophysiques, notamment la mort, n'ont plus de prise. Elles sont abolies et caduques. La vie de Dieu seule demeure et donne son rythme à ceux qui sont relevés de la mort. Les saducéens ont-ils eu assez d'esprit et de sagesse pour comprendre que la Loi, même donnée par Moïse, est temporelle et qu'au mieux elle ne peut que préparer à la résurrection dont seul Dieu en a la toute puissance ?
En outre, ajoute Jésus, Dieu est le Dieu des vivants. Une nouvelle attention, une nouvelle approche des Ecritures s'impose désormais. A regarder de près en effet, la résurrection est déjà en marche. Elle n'est pas repoussée aux derniers jours ni aux calendres grecques. Son œuvre se manifeste déjà. La surprise des saducéens doit être bien grande quand ils s'entendent expliquer que Moïse lui-même croit en cette nouvelle dynamique lorsqu'il confesse Abraham, Isaac et Jacob dans la proximité de Dieu, donc déjà relevés de la mort et vivants. S'attacher à la lettre des Ecritures n'est pas la meilleure façon d'en découvrir le sens. Il vaut mieux se mettre à son écoute et demander que Jésus et l'Esprit de Dieu nous en donnent sagesse et clairvoyance.

Ce qui me frappe cependant à propos de résurrection, en plus du fait qu'on est déjà relevé de la mort, c'est que la personne est reconnue et nommée par son propre nom : " Abraham. Isaac. Jacob… "
Là où les saducéens n'y voyaient que préséance, filiation et notoriété, Jésus annonce, avec Moïse, l'œuvre de résurrection de Dieu envers la personne.
Abraham, Isaac, Jacob ont chacun une histoire personnelle. Ce ne sont pas seulement des ancêtres de référence dont on serait issu. Pharisiens et saducéens se glorifiaient parfois trop systématiquement d'avoir Abraham pour ancêtre. Jean le Baptiste lui-même, dans sa prédication accompagnant le baptême au bord du Jourdain, dénonce déjà leur manière quasi arrogante de croire qu'il suffit d'avoir Abraham pour Père (Matt. 3, 9) pour se présenter aux portes du Royaume. Mais gardons-nous à notre tour de sombrer dans ce travers, de l'antériorité identitaire dont aujourd'hui on nous dit que c'est tellement important. Non ! Ce n'est pas avec une carte visite, ni avec un arbre généalogique aux solides branches que l'on entre dans le royaume de Dieu.
Tout particulièrement lors de notre baptême, chacun d'entre nous est reconnu par son propre nom, son prénom, qui le distingue de son frère ou de sa sœur, fût-il jumeau ou fût-elle jumelle : cet acte nous introduit personnellement auprès de Dieu par la grâce et l'amour en Jésus le Christ.
Dans son amour infini, Dieu reconnaît et choisit chacun pour son enfant, dans un total respect. Par avance, il accepte notre personne avec sa force et ses faiblesses. Par avance, il se prépare à nous suivre - que dis-je ? - à nous précéder sur nos chemins si souvent tortueux.
Oui ! décidément Dieu est bien le Dieu de la personne vivante et non le Dieu du passé. Sur la terre comme au ciel, il est le Dieu de toute vie, et en ce monde nous aurons découvert qu'il nous aime et nous a choisi en tant que personne, non pas parce que nous avions des ancêtres, fussent-ils tous humbles et généreux.
Dieu, notre Père - lui seul est notre Père, notre origine véritable - se dispose à ressusciter chacun de ceux qu'il a choisi par amour. Mais le mystère est si grand, que nous découvrons également comment cette résurrection, celle de notre personne humaine, commence dès aujourd'hui, à chacune des secondes où nous avons accueilli en notre for intérieur, sa présence, sa volonté et son amour. En vérité, si comme le croyaient les contemporains de Jésus, la résurrection intervient aux derniers jours, c'est peut-être parce qu'ils sont déjà là. Oui ! dés notre baptême, en tout cas dès que nous le prenons personnellement en compte, nous entrons en résurrection. Amen

Je terminerai par cette citation relevée dans les pages du livret catéchétique d'Antoine Nouïs, que nous utiliserons tout à l'heure avec les catéchumènes.
Rabbi Zoussia, quelque temps avant sa mort a écrit ceci : " Quant je me présenterai devant le tribunal céleste, on ne me demandera pas pourquoi je n'ai pas été Abraham, Jacob ou Moïse. On me dira : Pourquoi n'as-tu pas été Zoussia ? "