Prédication du dimanche 10 octobre 2004 au Centre Œcuménique
par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 98 - 2 Rois 5, 1-15 - ( 2 Timothée 2, 8-13 ) - Luc 17, 11-19
Luc est le seul évangéliste à nous rapporter cet épisode des dix lépreux guéris
de leur maladie. Il est sans doute aussi celui qui s'est entouré de nombreux
témoins afin de recueillir le maximum de récits dont il se sert pour illustrer
les enjeux de l'Evangile.
Dans ce chapitre, nous comprenons facilement qu'il attire l'attention de ses
lecteurs sur la nécessité de la foi. Sans doute Jésus en a-t-il parlé à bien
des reprises et de plusieurs manières. Luc, en ce chapitre, ne nous rapporte
pas une théorie sur la foi, fût-elle théologique. Non ! il nous parle des acteurs
de la foi ou plus exactement de ceux qui se sont mis à son service. C'est particulièrement
vrai dans le récit précédant le nôtre avec les disciples qui supplient Jésus
de leur donner une foi plus grande. Mais, il les invite à se contenter
d'une foi aussi petite que la plus petite de toutes les graines du monde. Ce
n'est pas la taille de la foi qui en détermine les effets. Non ! c'est plutôt
l'aptitude à se laisser mouvoir par elle. (Luc 17, 5-6)
Lorsque Jésus dit à ses amis qu'ils pourront alors déraciner des arbres pour
les jeter dans la mer, il ne s'agit pas de se prendre pour Astérix et Obélix,
ce dont nous rêvons tous. Non ! car à y regarder d'un peu près, on découvre
le véritable enjeu : il s'agit du ministère du pardon dont par la foi, nous
sommes investis. " Si sept fois le jour ton frère t'offense et qu'il revienne
vers toi en disant : je me repens ! et bien tu lui pardonneras ", dit Jésus
à ses disciples et à nous en même temps.
Je sais bien que c'est la phrase la plus difficile à prononcer dans le Notre
Père : " pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi,
à ceux qui nous ont offensés… " C'est bien là que se trouve l'arbre à déraciner
et à jeter dans la mer ! mais au lieu de cela, nous préférons nous abriter sous
son branchage et faire la sieste à son ombre. Il est tellement plus confortable
de garder des griefs envers celui qui nous a offensé que d'entrer, par la foi,
dans une économie du pardon. Il est vrai que l'arbre est tenace et qu'il sert
d'abri et d'alibi autant à autrui qu'à soi-même. Pour véritablement entrer dans
ce ministère du pardon, il faut être à égalité de foi avec l'ennemi d'aujourd'hui
qui devient tout à coup partenaire d'Evangile pour demain. En l'occurrence,
l'expression " comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… " est
prépondérante. C'est là qu'en réside le secret de sa pertinence.
Souvenez-vous, à la fête de Noël l'an dernier, des jeunes catéchumènes nous
avaient magnifiquement interprété la mise en scène de la Compagnie Sketch Up,
à partir de cette prière de Jésus. Nous avions compris alors, qu'il s'agissait
de tout autre chose que d'une récitation. La force de la foi, nous oblige à
un dialogue avec nous-même et avec autrui, en même temps qu'à une écoute de
Dieu. Une fois encore nous réalisons que par la foi, nous sommes mis en mouvement
de la même façon que par l'amour : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et
ton prochain comme toi-même. L'Evangile a ce pouvoir de nous sortir
de l'enfermement en soi-même et du face à face agressif avec autrui. L'Evangile
est tout autre. Il est énergie libératrice entre Dieu, le prochain et moi-même.
La foi c'est cela. Un acte de confiance sur le devenir, le mien autant que celui
de l'autre.
L'épisode de la guérison des dix lépreux nous met en éveil également à ce propos.
Tous furent guéris ; neuf d'entre eux vécurent cela comme une guérison, un seul
l'a reçu dans le mouvement de la foi. Jésus s'étonne de ne pas voir les neuf
autres. Pour un arbre arraché et jeté dans la mer, il y en a neuf qui résistent
et s'accrochent au sol. Pour un homme qui reçoit la guérison comme une grâce,
il y en a neuf qui la prennent comme une potion magique.
"Ta foi t'a sauvé ! " dit Jésus à cet homme, Samaritain de surcroît,
revenu sur ses pas pour louer Dieu et remercier Jésus. Ca peut paraître anodin
et banal, mais c'est à ce signe que Jésus reconnaît la foi, cette attitude à
revenir sur ses pas pour remercier et rendre grâce.
Ainsi, nous avons appris deux choses :
La première c'est que la foi n'est pas mesurable ni en quantité ni en grandeur.
Elle est ou elle n'est pas dans le cœur des hommes.
Lorsqu'elle s'y implante, elle se manifeste par le service humble et persévérant.
Surtout, elle met chacun en mouvement vers son prochain et à l'écoute de la
Parole de Dieu.
La deuxième chose c'est que la foi, la confiance en Dieu en somme, peut surprendre
quiconque sur son chemin. Et à l'examen de très nombreux témoignages, nous découvrons
en effet qu'il en est souvent ainsi. Seul Dieu est en mesure de savoir qui il
appelle à la foi, aussi bien un homme samaritain qu'un scribe pharisien, un
centurion romain qu'une femme samaritaine, aussi bien un juif qu'un grec, un
craignant Dieu qu'une vestale, un notable qu'une prostituée, aussi bien un savant
qu'un analphabète, un homme droit qu'un criminel, un athée qu'un croyant, un
chrétien qu'un musulman, un enfant qu'un vieillard, aussi bien vous que moi.
Prions pour qu'il en soit ainsi, aujourd'hui, partout où les échos de la Parole
de Dieu retentissent. Amen.