Prédication du dimanche 29 août 2004 au Centre Œcuménique
par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 68, 4-11 - Prov. 4, 1-9 - Héb.12, 14-29 - Luc 14, 1+12-24
Ne nous y trompons pas, Jésus ne donne pas dans cette page d'Evangile quelques
règles de bonne conduite. Luc n'a pas écrit un manuel du " savoir vivre selon
Jésus ". Non, nous le savons, le thème fondamental abordé depuis plusieurs chapitres
dans cet évangile, c'est le Royaume de Dieu. Jésus ne parle que de cela, à tel
point qu'un des convives, croyant en rajouter un peu sans doute, s'écrie à un
moment donné " il est heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de
Dieu ! ". Ceci donne à Jésus l'occasion d'une nouvelle parabole, celle d'un
homme qui invite à un repas et dont les premiers invités trouvent chacun un
bon prétexte pour s'excuser. Et, l'homme de la parabole décide alors, pour que
sa maison soit remplie, d'inviter les mendiants, les estropiés et les traîne-misère.
Si dimanche dernier le texte nous invitait à méditer sur l'urgence de l'annonce
du règne de Dieu, aujourd'hui le mouvement s'accélère car il s'agit de l'admission
dans ce règne. Il y a comme une mise en garde envers tous ceux qui pensent avoir
l'éternité devant eux. Au contraire, les portes vont se fermer et les places
ne sont plus réservées. Les invités d'office reçoivent chacun un carton rouge
après avoir négligé leur carton d'invitation. C'est comme si le chronomètre
allait déclencher la sonnerie de fermeture : il faut se dépêcher d'entrer. Tout
est prêt. Le repas n'attend pas et le maître de maison non plus. Il y aurait
de quoi frémir s'il ne s'agissait d'une parabole eschatologique dans la bouche
de Jésus qui essaie encore de secouer ses contemporains installés dans une sorte
d'insouciance devant l'irruption du règne de Dieu.
On ne sait rien sur le lieu. On sait seulement d'après le chapitre précédent
que Jésus montait à Jérusalem. Mais rien de précis, car trois chapitres plus
loin, il est toujours en chemin en traversant la Galilée et la Samarie (Luc
17, 11). Selon le début du chapitre que nous étudions aujourd'hui, nous savons
que c'est un jour de sabbat et que, probablement à la sotie de la synagogue,
un certain nombre de fidèles dont Jésus, sont invités à partager le repas chez
un chef des pharisiens.
Impossible de savoir non plus ce qui s'est dit à la synagogue. Quel était le
texte du jour ? Quel était le thème de la prédication du rabbin ? Jésus a-t-il
été invité à y prendre la parole ? etc. nous ne savons pas. La seule chose claire,
c'est que pour lui, le temps de la prédication continue hors de la synagogue.
L'invitant comme les invités, tous sont concernés par l'une ou l'autre de ses
paraboles, chacun peut s'y reconnaître. C'est probablement en cela qu'il y a
une bonne nouvelle. Il fait encore jour. Souvenez-vous du message envoyé à Hérode
Antipas par l'intermédiaire de ces mêmes pharisiens " Allez dire à ce renard
que je travaille aujourd'hui, demain et le jour suivant ".
Une chose apparaît clairement en cette fin de parabole, lorsque le maître de
maison dit à son serviteur : " Va sur les chemins et près des champs. Ceux que
tu rencontreras, oblige-les à entrer chez moi. Ainsi ma maison sera pleine.
"
L'homme de la parabole, Dieu en personne sans aucun doute, ne supporterait pas
que sa maison fût à moitié remplie, ni même aux trois quarts. Non, toutes les
places doivent être occupées, même si les premiers invités sont, par leur faute,
absents et exclus. Ne forçons pas trop les traits. Il s'agit d'une parabole,
qui plus est d'une parabole à propos de la fin des temps. Mais, pour Jésus c'est
une manière, imagée sans doute, de provoquer ses auditeurs. Ils ont tort de
penser que le temps ne se compte pas. Ils ont tort de s'installer dans un confort
ancestral en pensant qu'il suffit d'avoir pour père Abraham et que, quoiqu'il
advienne ils se retrouveront assis à la place qui leur revient de toute éternité.
Comprendront-ils enfin que le Royaume de Dieu c'est autre chose qu'un héritage
indéfectible avec une assurance tous risques éternels ? Se mettront-ils enfin
en quête de ce Royaume au lieu de s'y croire en toute suffisance automatiquement
et indispensablement admissibles ? Admettront-ils enfin que Dieu se préoccupe
du monde tout entier et non pas seulement de quelques-uns qui pensent avoir
été particulièrement triés sur le volet.
L'histoire ne dit pas si Jésus a pu rester à table jusqu'au dessert ce jour-là.
Mais avouons-le, le sermon ressemble plutôt à une volée de bois vert. N'allons
pas penser à notre tour que c'est bien fait pour eux et que ça ne nous concerne
pas.
Encore une fois, il s'agit d'une parabole, mais le message, la pointe, le noyau
d'Evangile qui se trouve là, fait clairement voir que Dieu se préoccupe de tous.
C'est sensiblement le même schéma que celui des lettres aux Eglises du livre
de l'Apocalypse. Si ces Eglises se préoccupent d'avantage de leur renommée que
d'Evangile, alors leur chandelier leur sera enlevé et transmis à d'autres.
Ce message est important pour nous aussi. Sans nous comparer à l'Eglise d'Ephèse
à qui était donné cet avertissement, la même exigence demeure pour tout disciple
et toute communauté. L'Evangile est pour tout le monde. La tâche est immense
et toujours à reprendre. Comme Jésus savait le faire, il nous faut le transmettre
de multiple façons, sans relâche.
Une année de vie communautaire se prépare pour nous. Non seulement, il nous
revient de réfléchir ensemble, en synode par exemple, aux meilleures formes
de témoignage et de présence dans nos cités, mais encore faut-il se prendre
par la main et se mettre à l'ouvrage. Nous voici impliqués de bien des manières,
un peu comme le serviteur chargé des invitations dans la parabole. Il nous faut
aller de l'un à l'autre sans cesse. Aller vers ceux qui ont bien autre chose
à faire, pensent-ils, et aller vers ceux qui ne savent même pas de quoi il s'agit.
Croyez-moi, ces derniers ne manquent pas ces temps-ci. C'est pourquoi notre
époque est tellement passionnante.
Chacun est appelé à une tâche particulière, celle qui lui revient, mais aussi
à participer aux actions communautaires. Nous pourrions en avoir encore beaucoup
plus, mais impliquons-nous premièrement dans celles qui existent : Service d'entraide,
Mission populaire, Centre œcuménique et autres présences œcuméniques ici et
là, Quentinales (émissions télévisées locales), et je n'oublie pas le service
interne à notre communauté pour le culte et surtout la catéchèse si importante.
En tout cela sachons nous y impliquer.
Nous le ferons avec cette conviction que chacun, même s'il n'en a aucune idée,
est aimé de Dieu en Jésus-Christ. Il y a encore des places disponibles dans
la grande maison de Dieu. Il nous revient d'en transmettre l'invitation aux
uns et aux autres. Telle est notre noble tâche, en ayant cependant conscience
que nous ne sommes que des serviteurs inutiles ou presque. Amen