Prédication au cours du culte du dimanche 06 juin 2004 au
CAP St Jacques par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 8 - Prov. 8, 12-31 Rom. 5, 1-11 - Jean 15, 26-16, 15
Admirable recueil du livre des Proverbes dans la Bible ! Il ne nous est pas
donné si souvent d'aborder ces magnifiques textes, notamment celui-ci à propos
de la Sagesse. Le récit que nous venons d'entendre est particulièrement beau
dans sa description et fort dans sa conception fondamentale. Parler de la Sagesse
comme d'une personne, comme de la première des choses crées, qui présidera à
toutes les autres créations, c'est d'un étonnant génie littéraire et théologique.
A l'exemple du prologue de l'Evangile de Jean qui lui évoque l'origine du Logos,
nous sommes en présence du mystère des origines et de la dimension originelle
de notre humanité.
Israël aussi, car il n'est pas le seul ni le premier, à entrevoir pareille dimension
originelle de l'humanité. Dans tout l'orient ancien on a magnifiquement écrit
à propos de la Sagesse, aussi bien en Egypte qu'en Mésopotamie et en Grèce.
Y aurait-il eu une influence. C'est possible et même probable. Mais comme à
chaque fois que les croyants israélites empruntent aux croyances et cultures
avoisinantes, il y a toujours un travail singulier de recomposition et surtout
de conception originale à la gloire de l'unique Dieu créateur.
Les livres sapientiaux du Premier Testament, Psaumes, Proverbes et d'autres,
comportent d'étonnantes et sublimes pages louant l'auteur de toutes créations
et créatures. Non seulement ils nous invitent à observer attentivement la création,
mais à en admirer aussi l'agencement ordonné et harmonieux, malgré les terribles
et parfois terrifiantes forces en présences. Les mers auront beau se déchaîner,
leurs eaux ne dépasseront pas les limites que le créateur leur a fixé depuis
toujours.
Quelle est donc cette Sagesse si semblable au Logos dont nous parle l'évangile
de Jean dans son prologue ?
Dans le livre des Proverbes, il est vrai, Sagesse appartient à la création.
Elle se présente elle-même comme la source créée donnant cohésion et sens à
toute autre création, alors que Jean nous présente Logos comme l'expression
de Dieu et Dieu lui-même.
Il y a peut-être deux raisons à cela. La première, me semble-t-il, tient au
contexte religieux de l'époque. Il était hautement important de contester les
croyances aux multiples divinités et d'affirmer la foi en l'unique Dieu créateur
de toutes choses, y compris de la plus importante. Pour les croyants d'Israël,
il y avait nécessité absolue de proclamer le Dieu unique, au milieu des autres
populations toutes adeptes de nombreux dieux et déesses.
L'autre raison que j'évoquerais ici, c'est qu'en Sagesse se fait le lien avec
toute la création, y compris notre humanité. En elle réside notre origine dans
sa ressemblance avec le créateur. Ecoutons ce que nous dit Sagesse : " Pendant
ce temps, j'étais là, près du SEIGNEUR, comme un architecte. Jour après jour,
je lui donnais de la joie, je jouais sans cesse devant lui. Je jouais sur le
sol de la terre qu'il a faite. Et je trouve ma joie parmi les humains." Prov.
8, 30-31
Les croyants, les milieux théologiques du Vème et IVème siècle av.J.C. nous
révèlent leur pensée profonde concernant Dieu créateur et sa création. Il y
a un lien fort, une unité initiale entre le Créateur et les hommes. Sagesse
est ce lien et cette unité véritable. Elle évolue pareillement devant Dieu et
parmi les hommes. Elle trouve sa joie aussi bien devant le Créateur qu'au milieu
des humains. N'est-ce pas l'expression même d'une grande et bonne nouvelle.
Je dirai que c'est l'amorce de toute parole évangélique. C'est probablement
pour cette raison que l'évangéliste Jean commence son récit par l'évocation
du Logos créateur présent auprès de Dieu avant la fondation du monde et qui
vient en notre humanité en la personne même du Christ. Oui, vraiment ceci est
grande et heureuse nouvelle pour toute notre humanité !
En Sagesse, il y a grande promesse pour notre monde :
Parmi les théologiens d'une tradition juive, aujourd'hui encore, il s'effectue
un très grand travail théologique qui cherche à structurer et établir des correspondances
entre notre expérience humaine et le monde de Dieu, ce que nous appellerions
plus volontiers son règne. Notre expérience de la sagesse, du bon sens, de l'intelligence
ou de l'amour, sont susceptibles de nous révéler des vérités ultimes sur Dieu,
notre Seigneur, lui qui nous a créés à sa ressemblance. A l'époque où l'on écrit
ces magnifiques pages l'expérience de la sagesse semblait la meilleure approche
du projet de Dieu pour notre monde. Une société qui aurait été tout entière
gouvernée par la sagesse aurait ressemblée au projet initial du créateur. Pour
les auteurs ce n'est pas une utopie irréalisable puisqu'en tout homme réside
une possibilité de sagesse et d'intelligence.
Intelligence et sagesse vont de paire. C'est à cette lumière là que l'homme
peut véritablement se diriger en ce monde. Ce sont comme les deux yeux, les
deux regards intérieurs de sa personnalité qui lui permettent de justes actions.
On peut penser que cette vision des choses est trop optimiste. Hélas, la réalité
de notre humanité nous conduirait en effet à douter d'une pareille promesse.
Il me semble pourtant que cette approche théologique nous instruit assez justement
sur ce que Dieu, notre créateur a déposé en nous comme potentialité. D'ailleurs
notre propre expérience d'événements vécus à la lumière de l'intelligence et
de la sagesse, pourvu que l'on y discerne également la présence de l'amour,
nous font aussi vibrer avec joie.
Hélas, en effet, notre humanité est encore dans les ténèbres. Son regard ne
s'est pas éclairci. Une brume épaisse de mal, de malheur, de haine et de souffrance
obscurcit toujours notre regard. Comme dans le prologue de l'évangile de Jean,
nous comprenons bien que Logos est venu dans le monde et qu'il n'y a pas été
reconnu comme la seule et unique lumière possible pour changer nos regards.
Toutefois, il y a désormais grande espérance car Jésus nous a révélé cette lumière.
Il nous a exhorté à retrouver nos fonctions vitales de sagesse, d'intelligence
et d'amour. Il a soufflé sur ses apôtres et sur nous pour que nous recevions
l'Esprit qui renouvelle tout en nous. La promesse est réelle. Prions pour que
l'Esprit intercesseur, consolateur et réparateur renouvelle chaque jour un peu
de notre humanité, en chaque homme et en société. Amen