Prédication du dimanche 09 mai 2004 au Centre Œcuménique
par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps 145 - Act. 14, 1-28 - Ap. 21, 1-8 - Jean 13, 31-35
S'il est une prédication plus difficile que toutes les autres, c'est
bien celle-ci. A cela, il y a plusieurs raisons : le sujet lui-même. Jésus
parle à la fois de son prochain départ en même temps qu'il
évoque la gloire qu'il va partager avec son Père. Mais il y a
aussi notre inaptitude à bien comprendre, aujourd'hui comme hier, de
quoi il peut s'agir. Il y a enfin, les lourds contre sens que nous faisons au
sujet du mot gloire et de ce qu'il représente pour nous tous.
Il est assez fréquent que nous fassions des erreurs dans l'appropriation
du message évangélique. A la manière des disciples eux-mêmes
qui se querellèrent pour savoir qui serait le plus grand d'entre eux
après le départ du Maître, il nous arrive plus souvent qu'à
notre tour de commettre de pareilles offenses. Au lieu de nous mettre au service
de la Parole de Dieu nous cherchons plutôt à nous en servir, si
ce n'est à asservir autrui.
Dès qu'il s'agit pour nous de refléter quelque éclat, nous
voilà bien décidés à jouer les fanfarons à
la manière de Pierre, le disciple, qui sur-le-champ se déclarait
prêt à donner sa vie pour secourir son Maître, alors qu'en
définitive il le reniera comme un véritable poltron.
C'est que nous sommes lents à comprendre et peu enclins à nous
laisser gagner par ce qui constitue le cœur de l'Evangile. Comme les habitants
de Lystre du temps de Paul et Barnabas, nous avons vite fait de sacrifier à
nos idoles, plutôt que de reconnaître ce qui a de l'importance.
Voilà en effet le contre sens qui nous empêche de discerner ce
qui donne sens à notre vie.
En hébreu, le mot gloire est lourd de sens. Il indique et désigne
ce qui a du poids, ce qui pèse d'importance dans la vie.
Contrairement à ce que nous croyons presque naturellement, et à
ce que développent nombre de moyens médiatiques de nos jours,
ce ne sont pas les artifices qui donnent sens à la vie. Que je sache,
nous ne sommes pas des pies voleuses pour nous jeter sur tout ce qui brille.
Et pourtant, presque toujours, pour nous, la gloire a ce goût du surfait
et de l'idolâtrie. Indubitablement en chacun d'entre nous, subsiste une
part de nous-mêmes semblable à la traîtrise de Judas ou la
poltronnerie de Pierre. Nous aimons recevoir des honneurs même éphémères,
immérités ou trompeurs. C'est ce que l'apôtre Paul désigne
comme le vieil homme. Cette part de nous-mêmes qui n'est pas régénérée.
Si nous voulons bien suivre cette partie de l'évangile de Jean, nous
y discernons le cœur de ce que Jésus révèle d'unique en
ce monde. Lui, l'envoyé, le messager, le Fils de Dieu se désigne
comme un serviteur en lavant les pieds de ses disciples. Lui, le Maître,
le Logos préexistant à l'avènement du monde, devient l'Agneau
de Dieu en s'offrant corps et âme lors du repas avec les siens. Lui, le
déjà glorifié, supporte l'humiliation afin de nous en libérer
et de nous élever à sa gloire.
Mais qu'en avons-nous compris ? Quelle saveur en pressentons-nous ?
A l'image de ce que Jésus partage avec ses amis, et à la lumière
des recommandations qu'il leur adresse, la seule gloire qui vaille la peine,
la seule valeur qui ajoute sens à notre vie, ce sont ces paroles : "
Aimez-vous les uns les autres. Oui, aimez-vous les uns les autres, comme je
vous ai aimés, dit Jésus. Ayez de l'amour les uns pour les autres.
Alors le monde saura que vous êtes mes disciples, ajoute-t-il."
Il n'y a pas d'autre secret à propos de gloire et de puissance. Tout
est là. C'est ce qui donne sens dans notre vie et pour le monde aussi.
Pour nous et notre monde en effet, une seule chose importe, "une seule chose
demeure" dirait Paul, c'est l'amour dont nous sommes responsables et capables
entre nous et ensemble envers quiconque.
Nous pouvons imaginer bien des situations extraordinaires, découvrir
tous les secrets de la science, percer tous les mystères du cosmos ou
maîtriser tous les secrets des atomes, s'il nous manque l'amour, pourrait
encore écrire l'apôtre, nous ne sommes que métal tintinnabulant
ou robot sans âme.
Ainsi la gloire dont il s'agit apparaît clairement. Selon Jésus
ce qui donne du sens à la vie c'est l'amour dont chacun est responsable
et capable. Jésus précise encore : "aimez-vous comme je vous ai
aimé". C'est à dire dans le même esprit, avec le même
souci de respect dans la proximité et l'accompagnement.
Ce qu'il y a de prodigieux dans cette gloire là, c'est que quiconque
peut y trouver sa juste place. Chacun de nous, chaque être humain, est
constitué pour y avoir sa part et y participer activement à sa
mesure.
Que cette gloire est différente de tout ce que nous imaginons habituellement.
Loin de tout tapage exceptionnel ou de toute démonstration miraculeuse,
elle est au contraire à la dimension de notre quotidien. Comment se fait-il
que nous ne la remarquions pas plus ? Serions-nous aveugles, sourds et apeurés
? Peut-être un peu de tout cela à la fois.
C'est pourquoi Jésus prévient ses disciples, "Vous ne pouvez venir
là où je vais" et à Pierre en particulier, "Tu ne peux me suivre
maintenant".
Ce que Jésus accomplit en tant que Christ, il est le seul à pouvoir
le faire : à lui le salut de notre monde par amour, et la libération
de chacun de ses propres démons par la façon dont il nous a aimés.
Cependant, c'est bien sur ses traces que nous marchons. C'est bien à
sa suite qu'il nous invite. "Aimez-vous dans l'esprit où je vous ai aimés",
nous dit-il encore aujourd'hui. C'est pour chacun la seule voie de vie renouvelée.
C'est pour le monde tout entier le seul chemin de sauvegarde contre toutes les
attaques virales insidieuses et destructrices.
" Aimez-vous comme je vous ai aimés… ce n'est pas un programme virtuel,
c'est le seul programme d'éternelle vie dans l'Esprit de Dieu. A nous
de jouer… Non, à nous d'aimer comme Jésus le fit. Amen.