Prédication du 02 mai 2004 au cours du culte au CAP St Jacques
par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 100 - Act. 13, 1-6a + 13-18 +44-52 - Ap. 7, 9- 17 - Jean 10,
22-42
Ces jours-ci, nous avons reçu des instances régionales de notre Eglise Réformée,
le sujet de notre prochain synode régional qui se tiendra en novembre prochain.
La présentation qui invite au débat, la voici : "L'Eglise est-elle un club
privé ? "
En fait, cette formule quelque peu provocatrice, est une question choc qui nous
invite à réfléchir sur le même sujet mais plus sérieusement formulé de la façon
suivante : "Confesser Jésus-Christ dans une société laïque : Qu'est-ce qui
fait autorité dans notre vie ?" avec l'introduction au débat suivante, tout
à fait conséquente : "Si vous pensez que l'Eglise doit se limiter à la sphère
privée, dites pourquoi. Si non, dites sur quoi elle doit s'exprimer, en paroles
ou en actes."
Nous en conviendrons, le sujet est de taille. Il nous interpelle sur le fond
et sur la forme, sur la motivation personnelle et sur le lieu commun de témoignage.
Nous devons ainsi nous préparer à aborder en profondeur ce qui nous anime essentiellement
en tant que disciple du Christ et membre de notre Eglise.
En outre, il me semble que rarement un sujet synodal n'a été aussi pertinent
d'actualité dans ce qui constitue l'essentiel de notre foi et dans un contexte
qui est tout à fait celui de notre société civile aujourd'hui.
Dimanche dernier, le pasteur Bertrand Bosc, en poste à la fraternité de la Mission
Populaire de La Duchère, un quatier de Lyon, nous faisait une visite et assurait
une prédication partage au cours du culte au Centre Œcuménique. Son opinion
c'est que dans les postes avancés de l'Eglise que sont les lieux de la Mission
Populaire, comme d'autres aussi, le Ministre doit être avant tout un homme,
ou une femme, d'Evangile, plutôt que de se confiner dans un rôle pastoral classique.
Nous avons là aussi une piste de réflexion qui entraîne un certain nombre de
conséquences dont il faudrait tenir compte à l'avenir, particulièrement dans
la formation et la motivation de futurs ministres disposés à entrer dans de
telles missions. En somme, il y faudrait des hommes et des femmes proches du
contexte humain, aptes à dire et montrer l'Evangile dans un milieu particulièrement
difficile voire hostile.
A l'exemple de Jésus face à ses contemporains qui cherchaient un motif pour
le lapider en la fête de la Dédicace, il faudrait pouvoir dire aux gens qui
nous questionnent sur les raisons de notre foi : "Si vous ne croyez pas en Jésus
le Christ, croyez au moins à cause de ce que nous faisons au milieu de vous.
Regardez et jugez-en vous- mêmes en toute impartialité. Et, rendez gloire à
Dieu auteur de tout bien."
Certes, dans notre Eglise, il est déjà bien claire que nous n'avons pas vocation,
ni les uns ni les autres, à faire du prosélytisme, ce dont notre société civile
et laïque veut, à juste raison, se protéger également. Toutefois, si notre Eglise
ne doit pas se contenter d'être "un club privé", quelle va donc être son ouverture
? Sur quel terrain peut-elle donc travailler ? Jésus ne nous demande-t-il pas
de devenir des pècheurs d'hommes ? Ceci reste fondammental, je pense.
Si nous examinons maintenant le contexte du livre des Actes des Apôtres, nous
pourrons peut-être y discerner quelques indications judicieuses et pertinentes.
Le texte des Actes que nous avons lu ce matin, nous fait comprendre les limites
de la prédication, aussi importante et fondammentale soit-elle. A l'exemple
de la Parole de Dieu elle-même dont elle est issue, elle se heurte à l'incompréhension
humaine, à l'hostilité, parfois simplement partisane ou quelque fois systématiquement
destructrice de tout témoignage d'Evangile. C'est bien dans un tel contexte
de société qu'il nous faut évoluer. Si Jésus a lui-même vécu ce genre de difficulté,
nous savons également que le disciple n'est pas plus grand que son Maître. Nous
voici prévenus.
Paul et Barnabas, spirituellement et liturgiquement reconnus, furent envoyés
en mission en terre païenne par la communauté chrétienne d'Antioche de Syrie.
Rencontrant de plus en plus d'hostilité en milieu israélite de la diaspora,
ils se tournèrent délibérément vers les milieux païens pour y proclamer l'Evangile.
La tâche ne fut pas simple pour autant. Ils risquèrent leur vie à plusieurs
reprises, furent accusés à tort et chassés de telle ou telle ville ou emprisonnés
aussi.
Ils continuèrent cependant, convaincus que l'Evangile libérateur s'adressait
à toute personne. Sur place de nouveaux disciples prirent la relève, car ils
avaient reçus joie et Eprit saint, nous dit le texte.
Partant de là, nous dirions deux choses fondammentales. La première en effet,
c'est notre foi et notre confiance en Jésus, le Christ, aimant chacun. La deuxième,
c'est notre attachement à témoigner de cet Evangile libérateur. Nous le croyons
et le vérifions toujours, toute personne qui ajoute foi en Jésus le Seigneur,
reçoit en même temps la force de l'Esprit de Dieu. Sa vie s'en trouve nécessairement
transformée. Elle reçoit en même temps la joie d'une réelle et grande liberté,
celle des enfants de Dieu.
En conclusion, pour revenir à nos question synodales, il faut bien reconnaître
qu'il ya quelque chose de la "sphère privée", dans la rencontre personnelle
avec la Parole de Dieu et Jésus le Christ. Il y a, nous le croyons très fort,
en chaque être humain une personnalité spirituelle profonde qui doit se déterminer
devant Dieu et sa Parole. Cette confrontation est inévitable, nécessaire et
salutaire. Mais personne au monde ne peut en savoir le chemin ni le moment.
Cette liberté là doit être toujours respectée et préservée.
Comme Jésus cependant, même si là encore toute liberté de croire ou non doit
être aussi reconnue pour quiconque, nous avons un témoignage à partager en paroles
et en actes.
Même si les difficultés ne manquent pas, même si parfois l'hostilité se fait
sentir, même si le découragement peu se manifester, nous restons convaincus
que la Parole de Dieu, c'est à dire l'Evangile, est toujours une garantie de
libre parole pour quiconque.
Notre société laïque, qui doit le rester, a pourtant besoin de cet éclairage
évangélique qui bien sûr vient nécessairement de la "sphère privée", puisqu'il
ne peut en être autrement, mais qui peut se partager largement avec tout être
de bonne volonté. L'Evangile au cœur de l'homme est comme une joie profonde
libérante. L'Evangile partagé avec quiconque est une avancée vers le Règne de
Dieu et la Paix au milieu des humains. Amen.