Prédication du dimanche 18 avril 2004 au CAP St Jacques,
par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 136 - Act. 5, 12-26 - Ap. 1, 9-20 - Jean 20, 19-31
Ces temps-ci, sur l'une des chaînes de télévision, dans une série d'émission
sur les origines du christianisme, des théologiens nous donnent le meilleur
de l'exégèse contemporaine. La recherche théologique a fait d'incomparables
progrès en un siècle, grâce aux avancées historiques et archéologiques, ainsi
qu'à une liberté d'analyse éclairée. Nous connaissons de mieux en mieux cette
lointaine période de la deuxième moitié du premier siècle de notre ère, celle
où est né et s'est développé le christianisme. Evolution du temps, événements
historiques, courants théologiques, témoignages de générations successives,
disparition des disciples apôtres, tout cela devrait être pris en compte lorsqu'on
se risque à faire quelque commentaire sur les écrits du Nouveau Testament.
A priori, on pourrait dire qu'il est bien plus difficile, voire risqué, de faire
une prédication aujourd'hui qu'il y a cent ans. Mais dans un autre sens, c'est
de plus en plus passionnant, car on acquiert des connaissances et on se familiarise
quelque peu avec les premières communautés chrétiennes. D'ailleurs, celles-ci
vivaient selon les lieux et les périodes, des réalités sans doute bien différentes
les unes des autres, dont on aimerait pouvoir tenir compte afin d'être aussi
juste que possible.
De ce premier constat, nous retiendrons que l'Evangile loin d'être une affirmation
idéologique, se présente plutôt comme une façon nouvelle d'être en ce monde.
S'il y a une vérité évangélique unique, elle tient au premier chef à ceci :
Jésus est le seul Seigneur en ce monde et au-delà. La deuxième vérité
fondamentale c'est que l'Evangile se vit dans le quotidien de chacun. Le troisième
point essentiel réside dans la transmission. Nous tous, sommes appelés à être
d'uniques témoins entre la Parole du Seigneur et la réalité du monde. Nous sommes
des envoyés porteurs d'Evangile autour de nous.
Que signifie donc le récit de l'évangile johannique, qui nous est proposé
pour aujourd'hui ?
D'une certaine façon, on pourrait dire que cette page est la plus moderne qui
soit. Thomas ne se range pas spontanément à l'avis des autres apôtres. Il émet
des doutes. Il n'est pas décidé à donner sa confiance en la résurrection de
Jésus, sans l'avoir lui-même vérifiée. Il préserve sa liberté d'opinion. Il
ne dit pas qu'il ne changera pas d'avis, mais il ne souhaite pas être un témoin
de seconde zone. Sans doute a-t-il l'excuse de son absence lors de la précédente
apparition de Jésus au milieu des autres Apôtres. Sans doute ceux-ci ne se sont
guère privés de lui faire remarquer qu'il y avait là une incontournable différence.
Etre témoin oculaire ou non, devait en effet constituer à une certaine période,
la différence fondamentale dans l'autorité du témoignage apostolique. Soit !
Cette reconnaissance lui sera en effet accordée.
Il est assez vraisemblable que ce récit constituait à l'origine, la fin de l'évangile
de Jean. Ce qui est malgré tout assez remarquable : Admettre que le doute fait
naturellement partie de notre démarche de foi, n'est pas une vérité banale.
Si c'est une vérité moderne, alors la modernité a bel et bien commencé avec
l'avènement évangélique. Il me semble que nous soulignons là une importante
démarche qui trouve sa juste place dans une recherche actuelle de vérité. L'exégèse
actuelle nous est très précieuse et nous aide grandement. Il est vrai aussi
que l'Evangile vaut pour tous les temps. C'est sa force.
En quelque façon, serions-nous tous comme Thomas ?
C'est vrai. Il y a, à cela, plusieurs raisons. La toute première c'est que,
comme Thomas, nous sommes des humains peu disposés à ajouter foi à tout ce qui
se raconte. Nous aimons bien vérifier. La deuxième raison c'est que nous sommes
absolument dans le cas d'un Thomas frustré de la présence physique de Jésus
ressuscité. Certes, Jésus ressuscité met Thomas au défi, ce qui entraîne, après
des paroles dubitatives, son adhésion immédiate et son cri de foi : "Mon Seigneur
et mon Dieu". C'est en même temps comme une confession du péché et une confession
de la foi. Thomas reconnaît devant Jésus ressuscité, son manque de confiance
passée tout en confessant désormais que celui qui se tient là est bien le Messie
en qui il espère.
C'est vrai, nous sommes dans la situation première de Thomas. Nous devons ajouter
foi, faire confiance au témoignage apostolique et à ce que nous en rapportent
les évangiles. Nous n'avons pas d'autres sources possibles.
Avant d'ajouter foi à ces témoignages, beaucoup de personnes, et il nous arrive
parfois d'en faire naturellement partie, beaucoup de personnes préfèrent rester
sur leur attitude dubitative et ainsi se préserver de ce qui leur semble invraisemblable.
Oui, nous ressemblons fort à ce Thomas.
Jésus est bien le christ !
Si la communauté johannique s'inquiète en effet de la disparition des apôtres
en cette fin du premier siècle, l'évangéliste les prend tous à témoins dans
cette aventure. Quelle que fut leur expérience personnelle, leur autorité est
désormais collective, qu'ils s'appellent Pierre, Jacques, Jean ou Thomas.
Les paroles de Jésus sont claires à ce sujet. C'est une leçon pour tous les
Apôtres, Pierre, Jacques, Jean, Thomas et les autres, après ce moment fort de
reconnaissance mutuelle entre Jésus et Thomas, il leur dit : "Parce que tu
m'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui sans avoir vu, ont cru."
Ainsi, cet évangile se termine-t-il par ces paroles de bénédiction de Jésus
sur tous ceux qui dorénavant ajoutent foi au témoignage apostolique, siècle
après siècle.
Il est vrai qu'il ne nous a pas laissés dans le désarroi de nos perplexités,
car ses paroles de paix et son souffle de l'Esprit nous envoie également pour,
à notre tour lui rendre témoignage et exercer une vigilance toute particulière
: discerner dans notre monde de misères multiples des lieux de miséricorde et
de pardon possibles.
Reconnaissons-le, cette bénédiction de Jésus, nous accompagne jour après jour.
Nous ne sommes pas abandonnés à notre propre jugement de toute façon faillible.
Comme Thomas, il nous a été donné de rencontrer dans notre propre expérience,
Jésus ressuscité. C'est bien lui que nous avons reconnu. Ses Paroles nous sont
allées droit au cœur, comme si nous les attendions depuis toujours. Comme Thomas,
nous n'avons su que dire "Mon Seigneur et mon Dieu ! " Son Esprit nous
a permis d'ajouter foi et d'avoir confiance en lui et en sa Parole. Amen.