Prédication du dimanche 07 mars 2004 au CAP St Jacques par
le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 27 - Genèse 15, 1-21 - Philip. 3, 17-4,1 - Luc 9, 28-45
Après tout, c'est la saison. Beaucoup de personnes, beaucoup de familles, beaucoup
de parents, d'enfants, de jeunes, beaucoup d'amateurs se retrouvent en montagne
ces temps-ci, pour de nombreuses activités sur les pentes enneigées. Et quand
ils redescendent de leurs montagnes qu'est-ce qu'ils se racontent, sinon des
histoires de montagnes et leurs expériences de montagnards ? Ne serions-nous
pas tous des montagnards qui s'ignorent ?
Selon les évangiles synoptiques, Jésus emmène avec lui trois de ses disciples
sur une montagne. C'est là qu'il fut transfiguré. C'est comme pour nous dire
que Jésus eut accès à ce moment là, à une nouvelle étape de son ministère.
A supposer que l'expérience soit nouvelle pour les trois disciples, Pierre,
Jacques et Jean, il n'en va pas de même pour les deux personnages qui s'entretiennent
avec Jésus. Moïse et Elie sont des montagnards d'expérience. Tous deux arpentèrent
autrefois, les escarpements du mont Horeb, plus connu comme le mont du Sinaï.
C'est là que Dieu se révéla à Moïse dans le buisson ardent en premier, aussi
bien qu'à Elie dans un léger souffle ensuite.
Que Jésus soit en présence de ces deux grands témoins de la première Alliance,
permet de penser qu'il y a là comme un passage de flambeau. Il y a comme une
continuité dans le plan de Dieu auprès des hommes. Ce que ses deux prédécesseurs
ont fait n'est pas à refaire mais à parfaire.
L'évangile de Luc est le seul parmi les synoptiques, à nous donner une précision
à prendre en considération. Jésus et ses disciples sont monté sur cette montagne
pour prier. Et, c'est pendant la prière que l'aspect de Jésus devint lumineux
alors que Moïse et Elie s'entretenaient avec lui.
Pour Jésus, cette montagne là, temps de la prière et de la confiance en Dieu
son Père, fait écho à une autre expérience. Souvenez-vous, lors de la tentation
au désert, le diable avait conduit Jésus sur une hauteur afin de lui faire voir
tous les royaumes de la terre en lui promettant de lui en remettre la possession
s'il se prosternait devant lui et l'adorait… La réponse de Jésus, vous la connaissez,
" Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c'est à lui seul que tu rendras un culte".
Comme en écho à cette première expérience, mais cette fois-ci en présence des
trois disciples, la voix de Dieu retentit pour confirmer qu'il est bien son
Fils et qu'il faut l'écouter. Il s'agit bien de toute la terre en effet, mais
non pas pour le nombre et la puissance des royaumes. Il est vrai que le Fils
de Dieu se rend à Jérusalem pour y être arrêté, condamné et crucifié par la
haine des hommes. Pourtant, il s'agit bien du salut de tous, car par sa résurrection,
toute personne qui a confiance en lui ne périt pas mais reçoit la vie que Dieu
donne.
Il est vrai aussi que les disciples ne comprirent pas cela. Ils furent fascinés
par la Gloire de Jésus, par ce moment de vérité intense qui entourait leur Maître,
et ils ne dirent rien à personne en ces temps-là tellement ils en furent bouleversés.
Eblouis par l'expérience qu'ils venaient de vivre en présence de leur Maître,
ils auraient souhaité s'y installer définitivement et ne plus avoir de contact
avec la réalité quotidienne. Ils auraient aimé rester comme suspendus entre
ciel et terre. Cette expérience leur inspirait un tel confort d'apesanteur qu'ils
auraient aimé le prolonger en installant quelques tentes comme à la fête des
souccoths.
Entre mystère et réalité ! Entre mystique et vérité !
Pour les trois disciples, comme abassourdis, il leur faudra du temps pour assumer
pareille expérience. Ils n'osent en parler à personne et ne posent pas de questions
même si, intérieurement, ils s'en posent énormément.
A l'exemple des trois disciples, un jour quelque part, sur l'un des sommets
de notre vie, il y a eu, ou il y aura, cette révélation mystérieuse que nous
avons bien du mal à admettre et qui, peut-être, nous trouble l'esprit.
Nous serons peut-être comme eux, tentés de nous laisser fasciner par le mystère
et de nous installer dans le confort de la mystique. Il est vrai que nous sommes
fragiles et influençables. Nous aimerions pouvoir ainsi mettre terme à l'imprévisible
et pouvoir fixer les moments qui nous semblent les meilleurs et ainsi superviser
de haut, les événements de la vie. C'est même parfois une tentation dans les
religions qui cultivent cette attitude jusqu'à l'exagération. Dois-je ajouter
que c'est rarement le cas dans notre Eglise…
En effet, si les évangiles nous parlent bien de la nécessité de la prière, dialogue
confiant avec le Père, notre Dieu créateur, nous voyons toujours poindre immédiatement
la réalité de la vie.
Ce temps fort n'était là que pour nous permettre de reprendre souffle. C'était
le temps nécessaire de l'inspiration afin de continuer la course.
Montagne entre hier et aujourd'hui !
C'est clair. Luc dans sa façon de retransmettre les circonstances, établit un
lien fort entre l'épisode au sommet de la montagne et l'arrivée le lendemain
au pied de la montagne. Si la-haut on a frôler l'extase, ici dans la plaine
c'est plutôt les ennuis qui recommencent. La vie avec son lot quotidien de situations
d'urgence reprend le dessus. Les autres disciples restés auprès des gens sont
accusés d'incapacité. Un père crie au secours pour que l'on guérisse son fils.
Mais les disciples n'ont pas pu cette fois-ci permettre la guérison.
Comme pour les disciples, Pierre, Jacques et Jean, s'il nous est donné parfois
de partir à la montagne, ne nous laissons pas trop facilement fasciner par la
hauteur qui nous permet de reprendre souffle, car c'est au retour dans la plaine
que l'on nous attend.
La lumière dont nous sommes cependant les témoins n'est pas faite pour nous
éblouir mais pour nous permettre d'apporter quelque étincelle dans notre entourage
habituel.
Si nous avons pu reprendre quelque souflle, ce n'est pas pour suffoquer mais
pour repartir auprès de nos compagnons de route afin de les aimer et de les
aider.
Cependant ne nous laissons pas tenter non plus par l'illusion d'être au-dessus
de la mêlée. Nous avons bel et bien besoin de ces temps de respiration et notre
rythme hebdomadaire du culte dans notre Eglise, me semble un rythme vital bien
adapté et nécessaire à notre respiration. D'autant plus que dans notre plaine
les situations d'urgnece ne manquent pas. Amen