Prédication du dimanche 15 février 2004 au CAP St Jacques
par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 1 Jér. 17, 5-8 - 1 Cor. 15, 12-20 - Luc 6, 17-26
En ce temps là, Jésus, selon l'évangéliste Luc, vient de choisir ses douze apôtres
après une nuit de prière dans la montagne. Il les a choisis parmi de nombreux
disciples et les prépare à l'envoi car c'est de cela dont il s'agit. Les apôtres
seront des "envoyés", des messagers, des prophètes en quelque sorte.
Comme très souvent dans les évangiles un épisode sur une montagne indique un
moment particulièrement intense dans la suite des évènements. Jésus vient de
franchir une étape dans son ministère. L'immensité de la tâche vient de s'imposer
à lui. Son entretien dans la prière avec son Père, lui révèle la nécessité d'une
équipe de messagers tout particulièrement formés à la mission évangélique. Comme
en d'autres circonstances cette nuit passée dans la montagne a sans doute été
à la fois exaltante et révélatrice, comme lors de la transfiguration. Désormais,
il faut en redescendre et retrouver la réalité quotidienne d'une foule en attente
de délivrance immédiate. C'est la première partie du texte que nous avons lu.
Ce sont les premiers signes de son ministère auprès des multitudes : "Ils étaient
venus de toute la Palestine et au-delà pour l'entendre et se faire guérir de
leurs maladies". (Luc 6, 17-18)
Ces premiers éléments nous sont indispensables avant d'entrer dans la suite
de la lecture consacrée aux béatitudes et à leur contraire. Avec la finesse
que nous lui connaissons, Luc nous met en présence d'un Evangile révélé dans
le concret de la vie quotidienne. Avait-il pressenti que les béatitudes telles
que Matthieu les rapporte, deviendraient vite béatifiantes et privées de la
vigueur évangélique ? C'est peut-être la raison qui le porte à nous montrer
Jésus en train de prévenir ses disciples des mauvais choix toujours possibles.
S'imprégner de l'esprit des béatitudes, c'est la proposition de Jésus à ses
disciples !
Rabbi Yeshoua n'est pas venu se prêcher lui-même mais annoncer et révéler l'amour
de Dieu envers les hommes. Il n'est pas au milieu de ses compatriotes pour inculquer
quelque révolution religieuse, civile ou sociale. Il vient pour disposer le
cœur des hommes à accueillir simplement la présence de Dieu. Jésus connaît bien
les montagnes avoisinantes. Il sait bien qu'elles sont le refuge de maquis résistants.
Certains des disciples en sont probablement issus. Mais voilà, il n'est pas
venu en catimini troquer un pouvoir contre un autre. Il est venu montrer à tous,
sur un lieu à tous vents, que l'œuvre de Dieu se fait au grand jour.
"Levant les yeux sur ses disciples, Jésus leur dit : Heureux êtes-vous, vous
qui avez délibérément choisi la voie qui mène à Dieu et à son Royaume." En somme,
poussés dans leur recherche de justice, ils avancent déjà, en tâtonnant peut-être,
sur le chemin où Dieu et son Fils les précèdent. En revanche, ils ne sont que
trop nombreux et trop puissants ceux qui ont préféré engranger leur récompense
dès maintenant. Cette attitude là n'engendre que fermeture du cœur et de l'esprit,
selon les paroles mêmes de Jésus. Ces derniers ont oublié, rejeté, refusé peut-être
l'espérance. Ils se sont figés sur place. Ils n'ont pas vu ni discerné la lumière
d'un Royaume pour tous.
Le Maître en tirera quelques sentences plutôt cinglantes comme cette parole
prise exactement à contre-pied de la béatitude : "malheureux êtes-vous, vous
les riches qui tenez déjà votre récompense", ou encore, dans ce même évangile
de Luc : "Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille
qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu". Aujourd'hui comme en ce temps-là,
ces paroles sont plutôt désagréables, mais nous pressentons cependant qu'elles
sont en échos à nombre de malheurs de nos sociétés.
Malgré cela, Jésus aura, toujours dans ce même évangile de Luc, l'heureuse surprise
de rencontrer un personnage hors norme : le chef des collecteurs d'impôts de
Jéricho en personne. Zachée descendu de son sycomore s'empressera immédiatement
d'accueillir le Messie chez lui, et de se risquer à sa suite. Semble-t-il, malgré
sa richesse et sa crainte de la foule, Zachée avait déjà intégré une démarche
de renouvellement en sortant de chez lui, car nous dit-on, il cherchait à voir
Jésus. (Luc 19, 1-10) Il est aussi vrai que Jésus avait averti ses disciples
et nous également ":Ce qui est impossible aux hommes demeure possible à Dieu."
Ainsi croire en Jésus-Christ, c'est probablement s'avancer à découvert !
Ce qui serait à craindre en somme, c'est de demeurer satisfait de notre sort
et de ne pas avoir de motivation à nous mettre en marche ni à nous hisser dehors
pour voir Jésus et entendre son appel à descendre de nos sycomores.
Ainsi ce matin, heureux êtes vous, vous tous qui êtes sortis à la rencontre
de cette parole d'espérance. Fort heureusement, convaincus que les richesses
de ce monde ne pourront jamais vous combler, qu'il vaut mieux savoir garder
appétit que d'être repus, qu'il vous revient de partager les pleurs de vos semblables
plutôt que de vous étourdir dans l'insouciance et que vous aurez parfois à vous
heurter à l'opinion de ceux qui pensent que tout va pour le mieux, oui je vous
le déclare, l'espérance vous a gagnés. Vous êtes en marche vers le Royaume de
Dieu dont Jésus vous en indique le chemin. Après tout, peu importe les raisons
qui vous ont fait sortir de vos retranchements, mais touchés par l'Esprit de
Dieu, vous vous êtes mis à espérer.
C'est bien ce que Jésus a discerné chez ses disciples. Comme en lui-même, il
les sait habités par un infatigable désir de service auprès des plus éprouvés
et de vie nouvelle partagée avec eux.
Aujourd'hui comme en ce temps-là, elles ne manquent pas les occasions de nous
sentir dépourvus de pouvoir offrir, affamés de ce qui nourrit vraiment, pleurant
avec ceux qui pleurent ou en butte avec des opinions inquiétantes voire menaçantes.
Et Jésus dit "réjouissez-vous" car vous êtes sur le chemin qui mène à Dieu.
N'oubliez jamais que pour vous, comme pour les premiers disciples, vous êtes
précédés par Jésus Fils de l'homme, Fils de Dieu. Son appel a retenti jusqu'à
votre cœur, vous vous êtes émus et vous êtes sortis à sa rencontre.
Quelque part, sur une montagne, petite ou grande, peu importe c'est la vôtre,
il vous a choisis pour vous former et vous envoyer sur le chemin de la vie,
mais avec un cœur et un esprit renouvelés. La tâche est immense, le chemin est
long, parfois difficile, mais le Christ est là ressuscité pour vous guider.
Heureux êtes-vous car, bien-aimés de Dieu le Père, vous êtes ses envoyés, ses
messagers, ses prophètes, ses apôtres donc.
Heureux êtes-vous car, après vous avoir choisis par amour, Dieu vous confie
une part dans l'immense tâche de l'avancement de son Règne au milieu des hommes,
la grande espérance des croyants.
Heureux êtes-vous car, très vite, à cause de l'Esprit de Dieu qui a soufflé
sur vous et en vous, vous vous êtes mis à l'œuvre.
Heureux êtes-vous car, après vous avoir appelés par votre nom, le Seigneur vous
donne des frères et sœurs en la foi. Vous n'êtes pas seuls à la tâche mais vous
êtes membres de la famille de Dieu et appelés à la communion fraternelle. Amen