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Prédication du dimanche 08 février 2004 au Centre Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 138 - Es. 6 - 1 Cor. 15, 1-11 - Luc 5, 1-11

Avec les catéchumènes de troisième et quatrième année, il se trouve qu'aujourd'hui nous allons réfléchir et partager sur le thème de l'espérance. Le récit de l'évangile de Luc que nous avons lu, nous met tout à fait en situation. Nous avons affaire à un texte fondateur de la foi en Jésus-Christ. Si une telle rencontre ne s'effectue pas à un moment ou à un autre dans notre vie personnelle, nous ne pouvons prétendre être son disciple. Les évangiles synoptiques, Matthieu, Marc et Luc nous en parlent dès le début de leur livre. C'est comme si cet événement illustrait une démarche essentielle dans la vie du croyant.
Bien des années après, les apôtres se souviennent encore de cette rencontre au bord du lac de Tibériade. Ce fut un moment exceptionnel qui bouleversa complètement la vie de quatre d'entre eux : Simon et André d'une part, Jacques et Jean les fils de Zabdia d'autre part, pêcheurs de métier tous les quatre, au bord de ce fichu lac.
Avec les évangiles de nos bibles, nous sommes extrêmement avertis car tout se déroule en situation. Ces livres de la Bible, pas plus que les autres ne sont tombés du ciel. Ils n'ont pas été dictés à quelque prophète, ni même écrits par le Fils de Dieu en personne. Non ! ils nous rapportent le cheminement ordinaire et parfois extraordinaire d'hommes et de femmes en quête, comme nous tous, de l'amour de Dieu et d'un monde plus heureux et plus juste.
Il faut savoir aussi que dans la Galilée de l'époque les chemins d'aventure ne manquaient pas. Il suffisait de gagner les montagnes avoisinantes pour y trouver quelque groupe clandestin de résistants à l'occupation romaine : l'une des tentations éprouvée par Jésus au désert lorsque le diable lui proposa, en se prosternant devant lui, la domination de tous les royaumes de la terre. Nous le savons, Jésus est venu pour une œuvre infiniment plus grande et plus belle que celle de la domination du monde tel qu'il est.

Mais que se passe-t-il donc pour Simon, André son frère et leurs compagons ?
Ces marins pêcheurs ont eux aussi résisté à la tentation. Ils ne sont pas partis dans les montagnes à la suite de leurs rêves les plus fous. Ils continuent modestement dans l'exploitation de leurs parents, au moins pour Jacques et Jean, à pêcher le poisson quand il y en a. Mais jamais de la vie, ils n'auraient imaginé que l'aventure viendrait les rejoindre, là, en plein travail, en la personne d'un prédicateur. La nuit a été terrible. Simon l'avouera, ils sont rentrés bredouille après une nuit sur le lac, sans prendre la moindre friture. Que sait-il de la pêche, lui ce rassembleur de foules venu de la Galilée intérieure, du village de Nazareth. Que peut-il comprendre du mystère de ce fichu lac ?
Voilà une expérience qui nous est, je pense, assez familière. A qui n'est-il jamais arrivé de travailler avec le meilleur de son savoir faire et de ne rien obtenir en récompense. C'est dur, très dur. Selon l'expression habituelle et rituelle, on se remet en question, comme si tout dépendait de notre savoir et de notre dextérité. Se remettre en cause, c'est juste aussi. Il faut savoir le faire comme le fit Simon. Il ne rechigna pas à jeter de nouveau les filets, sans grande conviction certes, mais il le fit malgré tout.
Ce qu'il découvrit alors dépassa son entendement. En tout premier lieu, il sut que même dans son métier, on peut apprendre tous les jours. Mais là n'est pas sa plus grande surprise. Ce qui le fit fléchir sur ses jambes et réfléchir dans sa tête et dans son cœur, c'est l'horizon qui venait de s'ouvrir à lui. Jésus lui faisait découvrir tout à coup une nouvelle dimension de sa vie d'homme. Ses rêves auxquels il n'osait même plus songer, venaient de refaire surface en même temps que les poissons de ce lac imprévisible. Ils étaient en très grand nombre, nous dit-on , au point que les filets craquaient et que les barques étaient à ras bord.

Quelle est donc cette espérance qui nous sollicite ?
Je peux en témoigner moi-même, aucun être humain, aucun d'entre-nous ne fléchirait les genoux ni ne réfléchirait dans sa tête et dans son cœur, s'il n'était touché par une révélation subite. C'est comme si l'on faisait déjà partie du monde de Dieu présent en ce monde-ci. C'est tout à coup comme une révélation qui nous rend disponibles pour accueillir nos aspirations profondes, comme on relève un filet de pêche plein à craquer. Quelque part en nous la joie est exaltante, mais la tâche peut nous effrayer, comme ce fut le cas pour Simon et ses compagnons. Heureusement pour eux et pour nous, Jésus se tient là, à proximité, pour rassurer et guider : " N'aie pas peur ! Sois sans crainte ! dit Jésus, désormais ce sont des gens que tu lèveras et relèveras !". Même dans ses rêveries les plus folles, Simon n'avait oser entrevoir pareil chantier en ce temps-ci.
L'espérance, puisque c'est le thème abordé, s'inscrit parfaitement sur notre route. Il ne s'agit plus de rêves inaccessibles ni de tâches impossibles. L'espérance en Jésus-Christ se vérifie tout au long de notre vie dans la confiance en celui qui nous aime au point de nous faire signe pour l'accompagner sur le chemin. Car c'est lui le Maître d'œuvre. C'est lui le Maître du temps. C'est lui le Seigneur de nos vies.
N'ayons crainte, en effet ! Le chemin peut paraître long et parfois difficile, mais la présence de celui qui nous a appelés, nous assure que nous sommes dans la bonne direction. Comme pour Simon et ses compagnons, nous nous demanderons parfois ce qui arrive et quelle est la signification de cette surabondance de joie en relevant des filets pleins à rompre. Seul le Seigneur de nos vies peut nous en donner et nous en montrer le sens véritable.
Ce qu'il y a d'exceptionnel dans nos tranches de vies à la suite du Maître, c'est que rien n'est jamais défini d'avance. Comme l'écrivait l'apôtre Paul, il y a trois choses essentielles :"la foi, l'espérance et l'amour, mais la plus importante c'est l'amour" (1Cor.13,13). Lorsque nous avons reçue et intégrée cette vérité là, nous avançons en toute sérénité sur notre route, tout étonnés de voir des paysages et des gens jusqu'alors inconnus mais avec qui, il était écrit quelque part que nous avions affaire avec eux… Etonnant, non ?