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Prédication du dimanche 18 janvier 2004 au CAP St Jacques par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 25, 2-10 - Deut. 7, 7-11 - 1 Jean 4, 7-12 - Luc 15, 1-2+11-32

1er jour de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens

Pour ce dimanche j'avais le choix entre deux listes de lectures bibliques de références, soit la liste habituelle commune aux Églises Réformées, Luthériennes et Catholiques, soit la liste préparée pour la semaine de prière pour l'unité des chrétiens parue dans le fascicule "Chrétiens vers l'Unité". C'est cette dernière que je choisis, car des temps de prière nous sont proposés presque chaque jour, à proximité, à Trappes, à Montigny, au Mesnil et au Centre ¦cuménique, ainsi que lors des célébrations en chacune de nos communautés chrétiennes, tout au long de cette semaine qui va comme chaque année du 18 au 25 janvier.
Comme habituellement le thème de la semaine est préparé à l'échelon universel, par une équipe oecuménique d'un pays ou d'une région mondiale qui change chaque année. Pour cette année 2004 la préparation nous vient des chrétiens de la ville d'Alep en Syrie. Le thème proposé est celui de la paix, à partir des paroles de Jésus à ses disciples, dans l'évangile selon Jean 14 : "Je vous donne ma paix…"
La paix que Dieu ou Jésus nous donnent, n'est pas exactement celle dont nous pouvons bénéficier au cours de notre vie dans notre entourage ou dans les relations internationales. Cependant nous désirons l'une et l'autre car elles nous sont chères et se ressemblent en quelque sorte.
Venons en maintenant à la parabole choisie dans l'évangile de Luc.

La paix du coeur et la paix du vivre ensemble.
Cette parabole plus que toute autre, nous fait vibrer au rythme de nos aventures humaines et toucher du doigt ce qui dans notre vie peut se comprendre sans se justifier pour autant. Jésus n'a pas de scrupule à aborder les relations parfois conflictuelles entre générations, entre parents et enfants même. Il est vrai que la situation décrite ici, nous entraîne à méditer sur les relations difficiles qui vont parfois jusqu'à la rupture, entre Dieu et chacun de nous.
Un homme avait deux fils bien différents. L'aîné demeurait attaché au patrimoine familial tandis que le plus jeune rêvait de voyages et d'aventures : Deux caractères fort contrastés. Deux attitudes fort réalistes, décrites sans complaisance mais d'où jaillira la compassion d'un père.
Cette parabole, à première lecture peut même choquer comme je l'ai vérifié à plusieurs reprises dans des groupes d'étude. L'attitude du père vis-à-vis de son plus jeune fils, est très souvent ressentie comme une faiblesse de sa part, voire une injustice. On attendrait plus de fermeté. Ce qu'il faut bien comprendre en l'occurrence, c'est que nous avons à faire ni à un manuel de bonne conduite ni à une psychanalyse ni à un code de droit civil.
Jésus veut ici illustrer le pardon de Dieu comme celui d'un père généreux capable de voir au-delà de la situation immédiate. Il sait que de part et d'autre il y aura douleurs et incompréhension entre les deux frères, mais il lui importe de faire évoluer l'un et l'autre. Quel que soit leur choix de vie, ils devront, chacun pour sa part, passer par une démarche de conversion personnelle. Pour le plus jeune, avec sa spontanéité habituelle il en a fait l'occasion d'une réorientation salutaire dans sa vie. Pour l'aîné, le chemin sera sans doute plus long et difficile, car il doit apprendre à maîtriser une colère presque justifiée, mais qui l'empêche cependant de participer au bonheur de la vie retrouvée.
Ce que nous pouvons retenir d'important en conclusion de cette parabole, c'est la disposition première d'un Dieu attentif, qui veille sur chacun de ses enfants. Dans l'un et l'autre cas, nous le voyons prêt à devancer une nouvelle démarche pour l'un comme pour l'autre. C'est lui qui aperçoit de loin son plus jeune fils qui revient à la maison et l'y accueille comme il se doit. C'est lui encore qui sort à la rencontre de son fils aîné pour parler et désamorcer la rancoeur qui peut-être le rongeait depuis longtemps. Il l'invite à entrer dans la maison et, par-là même, dans une sérénité retrouvée. Ce que Jésus indique ici, c'est l'attitude fondamentale de Dieu son Père, qui est avant tout veilleur et initiateur de compassion, de pardon et d'amour partagé. Son unique passion c'est de rassembler ses enfants dans la joie et l'harmonie retrouvée.

Vous avez entendu "prière pour l'unité des chrétiens" et moi je vous dis "prière pourl'humilité des chrétiens"
A la lumière de cette parabole, je le crois profondément, c'est de cela dont il s'agit. C'est la réalité. Notre prière doit avant tout nous porter vers cette attitude d'humilité. Heureusement Dieu notre Père est un veilleur qui saura le moment venu, courir à notre rencontre et nous serrer fort dans ses bras, comme savent le faire père et mère pour leurs enfants une fois le danger écarté. Heureusement notre Père saura sortir de sa maison encore une fois pour calmer nos ressentiments plus ou moins justifiés et nous entraîner à sa suite dans la paix du coeur et la joie du pardon.
Cependant un chemin avait été prophétiquement tracé. Je pense que nous en avons brouillé le tracé.
Voici une vingtaine d'années, le groupe oecuménique des Dombes, pasteurs et prêtres, théologiens catholiques et protestants, publiait un livre invitant les Eglises à la conversion. Cette exhortation eut un certain succès et fut largement étudié me semble-t-il à l'époque. Mais elle fut oubliée depuis lors, je pense. Peut-être nous sommes-nous trompés dans le contenu de nos prières ? Peut-être n'avons-nous pas su fraternellement nous respecter et nous accueillir ?
J'ai toujours pensé que l'unité des chrétiens ne résidait pas dans la conformité à un unique modèle. Pas plus que le père de la parabole ne cherche à modeler ses deux fils sur un même type, l'unité des chrétiens ne peut se priver de leurs histoires réciproques. Bien plus, elle doit s'en enrichir, je crois.
De même aujourd'hui, me semble-t-il, la mise en avant d'une communion ecclésiale a priori, ne favorise pas l'ouverture du chemin vers la communion universelle en Jésus-Christ. Nous voilà revenu au temps des premiers chrétiens de Corinthe qui à la consternation de l'apôtre Paul se réclamaient de Pierre ou d'Apollos ou de Paul ou même de Christ !
Plus que d'unité, sans doute parce qu'elle est mal comprise, c'est d'humilité dont il nous faut parler et ce pour quoi il nous faut prier. A la lumière de la parabole d'aujourd'hui, rien ne saurait justifier quelque prépondérance ou quelque arrogance de la part de quelque Eglise. C'est le Père qui veille et nous retrouve dans le dédale de nos extravagances. C'est lui et lui seul, qui court à notre rencontre ou sort de sa maison pour calmer nos fureurs.
Si nous ne nous sommes pas totalement trompés sur le terme d'unité, c'est, je le crois très fort, beaucoup plus dans l'humilité de la conversion au Père que nous nous retrouverons dans la communion fraternelle en Jésus-Christ. Le chemin sera aussi long que l'aventure des hommes, sans doute. Mais nous voici rassurés par la présence d'un Dieu, Père, qui veille sur chacun de nous et ne peut se passer d'aucun. Quelle patience ! Quelle passion ! Quel amour pour chacun en particulier ! La paix intérieure, c'est de lui que nous la recevons. La sérénité nécessaire dans les relations entre les Eglises, c'est également notre Père qui nous l'offre. Ensemble, il nous revient de prier et d'oeuvrer pour la paix dans le monde. Jamais nous ne lui dirons suffisament notre reconnaissance en retour. Amen